Écocritique, écosémiotique et représentation du monde en littérature

Auteur·e 
Gabriel VIGNOLA
Résumé 

Depuis son émergence au début des années 1990, un ardent débat prend place au sein de l’écocritique quant à la capacité de la littérature à référer au monde. D’une part, les tenants d’un néoréalisme se contentent d’envisager la représentation du monde selon les préceptes flous de la mimésis ; de l’autre, les défenseurs du poststructuralisme soutiennent que la disjonction entre nature et culture est irrémédiable. Une voie mitoyenne avancée par Lawrence Buell suscite l’adhésion depuis le milieu des années 2000, entre la reconnaissance des catégories culturellement construites, qui orientent notre rapport à l’environnement, et l’acceptation d’une certaine capacité de la littérature à référer au monde. Mais cette posture de compromis, qui mise sur un principe dialectique vague et indéterminé, ne permet pas de constituer un modèle théorique solide capable de conférer à l’écocritique une compétence particulière et distincte pour aborder la littérature. L’écocritique doit désormais engager un réel dialogue entre écologie et théorie littéraire pour dépasser les apories de ses modèles représentationnels. Cet article examine les solutions théoriques qu’offre l’écosémiotique à l’impasse actuelle en écocritique. En s’appuyant sur la conception du signe de Charles S. Peirce et la théorie de l’Umwelt de Jakob von Uexküll, l’écosémiotique met en valeur le rapport de continuité qui existe entre la culture et la nature. Il est suggéré de reprendre à l’écosémiotique ses bases théoriques pour fonder un modèle représentationnel continuiste en écocritique.

 

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Texte intégral 

L’écocritique problématise l’activité littéraire dans la perspective des rapports qu’entretiennent les êtres humains avec la nature, tels qu’ils se trouvent exprimés par et dans les œuvres littéraires, ainsi que – de façon plus marginale – dans d’autres formes de productions culturelles comme le cinéma, la publicité, les arts visuels ou la musique. Parce qu’une opposition persiste entre, d’une part, le texte prenant pour objet la nature et, de l’autre, la nature représentée par le texte, l’écocritique s’est constituée sur la faille épistémologique classique qui veut que nature et culture s’opposent. Je tâcherai de montrer dans cet article que la dichotomie nature-culture et les problématisations théoriques sur la représentation qu’elle implique sont largement responsables d’un enlisement de l’écocritique l’ayant confinée à un domaine balisé thématiquement. En effet, l’écocritique s’attarde essentiellement à l’étude d’un corpus de textes problématisant explicitement les rapports entre nature et culture, en particulier les nature writings ou écrinatures1, ainsi que certaines œuvres poétiques ou romanesques.

Sans que l’on puisse à proprement parler de méthode en ce qui la concerne, l’écocritique constitue plutôt une approche thématique relativement unifiée qui s’attarde en particulier au rapport que nous entretenons avec la nature et à la capacité de la littérature à la représenter. Elle aborde toutefois ces rapports, et les œuvres qui les expriment ou les problématisent, à l’aide d’outils et de modèles théoriques généraux empruntés aux études littéraires. De cette logique d’emprunt découle un schisme théorique important à l’intérieur du domaine de l’écocritique. Il oppose, d’une part, les tenants d’un néoréalisme, qui ont cherché, dans les années 1990, à rejeter la théorie poststructuraliste alors dominante au profit de la notion plus traditionnelle de mimésis et, de l’autre, ceux qui, par la suite, ont persisté à défendre le poststructuralisme comme seule façon d’aborder avec sérieux la question des relations entre la littérature et le monde. Si le débat s’est assourdi depuis une dizaine d’années, aucune théorie dominante ne s’est pourtant imposée définitivement ; un terrain d’entente semble s’être constitué, sur lequel l’écocritique poursuit son programme thématique tout en oblitérant ses dissensions théoriques.

Au cours des dix dernières années, s’est aussi développée l’écosémiotique. L’écosémiotique dialogue avec l’écocritique, notamment à travers les travaux de Timo Maran et de Wendy Wheeler. Mais son apport théorique distinct est encore négligé. Ancrée dans une démarche plus fondamentalement liée à l’écologie scientifique, l’écosémiotique pourrait pourtant constituer une base théorique solide pour l’écocritique, lui permettant de dépasser le schisme interne qui la mine sourdement.

En effet, si le débat n’a pas trouvé de véritable issue, c’est sans doute parce que ni les néoréalistes ni les poststructuralistes n’ont vraiment cherché à tirer profit des avancées de la science écologique, se contentant de coopter certains enjeux soulevés par celle-ci (pollution ou changements climatiques, par exemple) en les identifiant comme des thèmes propres à l’écocritique à l’intérieur du champ des études littéraires. Mais cette appropriation de thèmes littéraires n’a pas donné naissance à de nouvelles approches théoriques ou méthodologiques ; l’écocritique s’est contentée de s’appuyer sur des modèles et des outils déjà bien établis dans le champ des études littéraires, laissant pour l’essentiel les questionnements fondamentaux de côté. L’écologie nous invite pourtant à transformer le regard que nous posons sur la théorie littéraire. En ce sens, l’écosémiotique permet justement de problématiser la question du langage, de la représentation et de la littérature différemment, dans une perspective inspirée des modèles de l’écologie telle qu’elle se développe en sciences naturelles.

L’objectif de cet article est de circonscrire le débat théorique qui traverse l’écocritique et de montrer comment l’écosémiotique s’y insère et permet d’opérer un dépassement. S’appuyant sur la sémiotique de Charles S. Peirce, l’écosémiotique propose une conception de la représentation qui se dégage de certains dilemmes métaphysiques caractéristiques de la pensée moderne. On y trouve les bases d’un renouvellement possible de la théorie littéraire, qui passe par une appréciation du travail spécifique de l’écocritique. En ce sens, je m’appuierai sur les propositions formulées par Wendy Wheeler dans un article de 2008 où elle commente les assises théoriques de l’écocritique dans une perspective écosémiotique. Je souhaite cependant prolonger la réflexion de l’auteure en montrant que loin de rejeter l’écocritique, l’écosémiotique permet de consolider un certain nombre de notions déjà présentes chez des auteurs clés du corpus écocritique tels que Lawrence Buell ou Dana Phillips, tout en leur donnant des assises scientifiques plus solides.

 

Écocritique et représentation du monde

Le terme « écocritique » apparaît pour la première fois en 1978, sous la plume de William Rueckert, alors qu’est publié « Literature and Ecology: An Experiment in Ecocriticism ». Dans cet article, Rueckert se fixe l’objectif d’expérimenter « l’application de l’écologie et des concepts écologiques à l’étude de la littérature2 ». Il faut cependant attendre les années 1990 avant de voir se constituer un mouvement critique affirmant clairement son identité et ses intentions. L’année 1992 voit naître l’Association for the Study of Literature and Environment (ASLE), suivie de la revue ISLE: Interdisciplinary Studies in Literature and Environment, lancée en 1993 par Patrick D. Murphy3. Quelques années plus tard paraîtront deux ouvrages clés du corpus écocritique. L’un d’eux, The Ecocriticism Reader: Landmarks in Literary Ecology, édité en 1996 par Cheryll Glotfelty et Harold Fromm, est déjà porteur de la pluralité des fondements métaphysiques qui caractérise l’écocritique4. C’est cependant The Environmental Imagination: Thoreau, Nature Writing, and the Formation of American Culture de Lawrence Buell5, paru l’année précédente, qui retiendra davantage notre attention ici. En effet, ce livre constitue un véritable pilier de l’écocritique, non seulement du fait de sa grande érudition, mais aussi parce qu’aucun ouvrage n’avait auparavant abordé la littérature dans une perspective écologiste avec une telle ampleur : sur près de 600 pages, l’ouvrage tente de jeter les bases et d’orienter les recherches à venir en écocritique. Un large corpus couvrant les XIXe et XXe siècles, et remontant à l’occasion au XVIIIe siècle, est établi, au centre duquel se trouve Henry David Thoreau, que l’auteur considère comme le « saint patron6 » de l’environnementalisme contemporain.

L’ouvrage de Buell a entre autres contribué à la reconnaissance du nature writing en tant que genre littéraire à part entière. Celui-ci est constitué d’écrits essayistiques (non-fiction prose) qui, selon la définition de John Elder et Robert Finch, cherchent à développer des « modèles de vie humaine intégrée dans un paysage bienaimé7 ». Souvent à caractère politique ou philosophique, ces essais s’insèrent dans une longue tradition qui remonte au moins jusqu’au romantisme anglais et qui compte des figures marquantes telles que John Muir, Aldo Leopold et Rachel Carson, pour n’en nommer que quelques-unes. C’est sur le versant théorique de l’ouvrage de Buell que j’insisterai davantage, et sur le concept de mimésis que je m’attarderai plus particulièrement. Le bref examen du concept de mimésis qu’offre Buell dans The Environmental Imagination est à l’origine de nombreuses critiques à son égard. Plus généralement, la mimésis alimente un débat qui ne semble pas avoir trouvé d’issue à ce jour au sein de l’écocritique.

The Environmental Imagination analyse principalement la capacité des idéologies à influencer notre rapport à la nature. Dans la continuité des travaux de Leo Marx8, Buell insiste sur l’idéologie pastorale afin de montrer comment elle s’est affirmée, dès la colonisation du territoire nord-américain, en tant que vecteur important du développement culturel de la nation étatsunienne, et comment elle continue d’influencer, encore de nos jours, la façon dont les auteurs de nature writings envisagent leur rapport à la nature. Buell tient toutefois à placer la perspective qu’il défend dans un contexte plus large :

L’idéologie […] n’est, tout compte fait, qu’un des filtres qu’utilise la littérature pour traduire l’environnement qu’elle tente de représenter. Ces filtres prennent racine dans l’appareil sensoriel humain lui-même, qui répond de manière beaucoup plus sensible, par exemple, sur le plan de la vue que de l’odorat, et même le plan de la vue est hautement sélectif […] Pour ces raisons, notre reconstruction de l’environnement ne peut qu’être déformée et partielle. Même si cela n’était pas le cas, même si la perception humaine pouvait rendre compte parfaitement des stimuli environnementaux, la littérature, elle, n’en serait pas capable9.

Si l’idéologie encadre notre perception de l’environnement, Buell insiste sur le fait que c’est avant tout la réalité physiologique de l’être humain qui permet et contraint à la fois cette perception. Son argument s’inscrit donc, plus fondamentalement, dans une perspective phénoménologique.

L’analyse phénoménologique de la perception suggère que « l’être du contenu ressenti est tout différent de l’être de l’objet perçu qui est présenté par le contenu, mais n’appartient pas réellement à la conscience10 ». Ainsi, le contenu de la conscience n’affirmerait aucune correspondance essentielle avec l’objet du monde perçu. Cela découle de divers facteurs, notamment des limitations de l’appareil sensoriel humain ou encore de la position du corps par rapport à l’objet perçu, certaines de ses faces étant visibles, alors que d’autres ne le sont pas. Ainsi, l’humain « ne peut jamais saisir l’entièreté d’un objet donné dans un même acte de perception11 ».

Aux limites de la perception humaine s’ajoutent les limites du langage. En effet, la complexité de l’expérience du monde ne peut être intégralement traduite en mots. D’emblée une grande partie des stimuli perçus par le corps à chaque instant n’est pas saisie par la conscience. Une part de l’expérience demeure en deçà du seuil de la langue, dans ce que l’on pourrait appeler l’expérience prélinguistique. De même, en tant qu’institution sociale, la langue connaît elle aussi des limites importantes : les mots ne correspondent pas toujours à ce que l’on aimerait exprimer ; la capacité de l’émetteur et du récepteur à manipuler les codes linguistiques en usage ne garantit pas qu’un message soit correctement exprimé ou compris. Qui plus est, la capacité de la langue à référer au monde est contestée. Conséquemment, la capacité de la littérature à créer et transmettre une représentation fidèle du monde est loin d’être évidente. Comprendre comment s’établit cette représentation est au cœur du débat théorique en écocritique.

Reconnaissant les limitations inhérentes à la représentation littéraire, Buell s’engage dans une critique de la théorie littéraire dominante dans les années 1990. Il s’en prend ainsi aux théories poststructuralistes qui adoptent une posture de méfiance vis-à-vis de la notion de représentation12 et qui cherchent plutôt à étudier la structure ou la cohérence interne des textes, sans égard à leur rapport à la réalité sociale ou naturelle13 :

Tous les courants majeurs des études littéraires contemporaines ont marginalisé la dimension référentielle de la littérature en privilégiant la structure, la textualité, l’idéologie ou quelque autre matrice conceptuelle définissant l’espace du discours comme distinct de la « réalité » factuelle […]14

Buell ne cherche pas à rejeter la pertinence de ces approches pour mener à bien des analyses textuelles ; il cherche plutôt à réaffirmer la pertinence d’un modèle théorique réaliste. Un tel modèle imposerait une reconceptualisation des représentations textuelles qui favoriserait la reconnaissance de la double référentialité du texte littéraire : à la fois envers l’univers matériel (le monde) et l’univers discursif (le texte). Son souhait est de « permettre de repenser la représentation textuelle comme ayant une double imputabilité à la matière et au discours15 ». Il ne s’agit donc pas de ramener la littérature à un réalisme omnipotent ni de nier que le texte ait une économie interne qui puisse être étudiée de façon autonome. Au contraire, il s’agit d’affirmer la cohabitation, voire la collaboration de ces principes selon quatre niveaux de référence : « l’intratextuel, l’intertextuel (le monde des autres textes), l’autoreprésentationnel (le texte figuré en tant que texte), et la mimésis extérieure (outer mimesis) (le monde hors du texte)16 » ; l’écocritique se devant d’insister particulièrement sur le dernier de ces niveaux.

Afin de préciser le fonctionnement de la « mimésis extérieure », Buell se réfère à certains écrits de Barry Lopez, une figure importante du nature writing étatsunien des années 1970-198017. Buell emprunte deux concepts à Lopez : celui de « paysage externe » (external landscape) et celui de « paysage interne » (internal landcape) : « J’imagine deux paysages – un hors de soi, l’autre à l’intérieur. Le paysage externe est celui que l’on voit […] le second paysage, auquel je pense, en est un intérieur, une sorte de projection, à l’intérieur d’une personne, d’une partie du paysage extérieur18. » D’un côté se trouve donc la réalité physique, extérieure au sujet, alors que de l’autre se trouve la réalité intérieure, la subjectivité, la vie psychique. Pour Lopez, une des activités fondamentales de la psyché est d’apprendre à connaître le paysage extérieur, compréhension qui va au-delà de la simple classification des données sensibles pour percevoir les relations qui unissent les différentes composantes du paysage. Selon lui, l’articulation du paysage interne au paysage externe est un procédé intrinsèque à tout discours narratif19. En effet, c’est elle qui confère une vraisemblance au récit en permettant une correspondance entre les deux paysages. C’est essentiellement cette articulation du paysage interne au paysage externe que Buell appelle la mimésis extérieure. Or, et c’est sans doute l’intérêt principal du point de vue de Lopez, la correspondance entre paysages interne et externe repose avant tout sur une cosmologie ou, selon les termes de Buell, sur « le savoir traditionnel (folk) non officiel auquel quelqu’un a été exposé20 », c’est-à-dire sur une façon culturellement construite de lire et de comprendre les relations composant le paysage extérieur.

La perspective théorique esquissée par Buell vient prolonger et nuancer une critique couramment formulée par l’écocritique des années 1990, comme en témoigne la couverture par le New York Times Magazine d’une conférence sur l’écocritique tenue au Colorado en 1995. En effet, pour le journaliste chargé de couvrir l’événement, l’écocritique

marque un retour à l’activisme et à la responsabilité sociale ; elle signale aussi la révocation des tendances les plus solipsistes de la théorie. Dans sa dimension littéraire, elle marque un réengagement avec le réalisme, avec l’univers réel des pierres, des arbres et des rivières qui se trouvent derrière la sauvagerie des signes (wilderness of signs)21.

Selon Dana Phillips, la relation tendue entre l’écocritique et la théorie littéraire est déjà perceptible dans un article de Glen A. Love publié en 199022. Dans cet article, Love s’en prend directement aux théories modernistes, ou postmodernistes, les qualifiant d’anthropocentriques, car centrées sur l’individu et non sur son rapport à l’environnement :

Pendant que l’interprétation critique, prise dans son ensemble, tend à considérer la conscience de soi (ego-consciousness) comme la manifestation suprême d’une littérature ou d’une critique achevée, c’est la conscience écologique (eco-consciousness) qui est la contribution particulière de la plupart des littératures régionales, du nature writing, et de tant d’autres formes ou travaux littéraires méconnus, ignorés parce qu’ils ne semblent pas correspondre à l’anthropocentrisme – ni au modernisme ou au postmodernisme – de nos hypothèses et méthodologies habituelles23.

Love s’attaque ainsi à deux approches dominantes en littérature – le modernisme et le postmodernisme – les accusant de trop se concentrer sur l’individu ou sur l’humain, tout en ignorant son rapport à la réalité physique de l’environnement. Dans la foulée, il affirme la nécessité de revaloriser des formes littéraires qui s’attardent au non-humain.

Dans un ouvrage paru en 2009, Patrick D. Murphy résume le contexte dans lequel s’est constituée l’écocritique. Il souligne qu’elle s’est fondamentalement élaborée en « opposition aux théories postmodernistes et au poststructuralisme, comme un complément ou un correctif apporté à celle-ci24. » Loin d’être isolé dans son rejet de la théorie, Love est au contraire un acteur important de l’écocritique des premières heures ; il a contribué à alimenter un climat de remise en question de la critique littéraire.

Ce rejet du poststructuralisme est cependant loin d’avoir fait l’unanimité. Il a été l’objet de critiques persistantes provenant de l’intérieur même du mouvement. La plus importante de ces critiques est sans doute celle formulée par Phillips dans un article paru en 199925, puis reprise et enrichie dans The Truth of Ecology, publié en 200326. Dans ces deux textes, une charge est menée contre le fondement néoréaliste de la mouvance écocritique dont Love et Buell sont les chefs de file, mouture écocritique qu’il accuse d’être réactionnaire, voire anti-intellectuelle. Ainsi, Phillips se demande-t-il : « un renouvellement du réalisme, du moins en ce qui concerne la nature? est-ce bien là une réponse efficace si elle se trouve basée, comme c’est le cas actuellement, sur des idées douteuses en ce qui concerne la nature de la représentation et la représentation de la nature27? »

Si ses mots les plus sévères vont à Love et à Elder, auteurs dont il souligne le manque de rigueur autant dans leur compréhension de l’écologie que dans leur connaissance de la théorie littéraire28, une importante proportion de ses attaques est dirigée à l’encontre de Buell. Phillips prend toutefois la peine de souligner l’apport majeur de Buell à l’histoire littéraire. Il concède également que l’étude des relations entre littérature et environnement dans une perspective écologique force à revisiter certains fondements de la théorie littéraire – à questionner notamment la disjonction entre le texte et le monde généralement posée par celle-ci29. C’est la compréhension que témoigne Buell du concept de mimésis que Phillips critique en particulier. Pour Phillips, « la mimésis présuppose la similitude (sameness) de la représentation et de l’objet représenté30 ». Or, cette définition est peu généreuse, autant au regard de la définition de la mimésis extérieure avancée par Buell qu’au regard de l’usage du terme dans la tradition occidentale. En effet, le terme mimésis est généralement utilisé dans le sens d’« imitation », plutôt que de « similitude ». Bien sûr, l’imitation implique normalement que la représentation soit ressemblante à l’objet représenté. Mais la similitude peut grandement varier, surtout lorsque la représentation est produite à travers un outil aussi imparfait que la langue. Restreindre aussi radicalement la définition de la mimésis constitue sans doute pour Phillips une façon de discréditer l’usage que fait Buell du terme. Mais sa position est problématique puisque, comme l’explique Mihai Spariosu en introduction à Mimesis in Contemporary Theory, la mimésis n’implique souvent ni similitude ni imitation. La mimésis est utilisée « pour décrire la relation entre l’art et la nature ou, plus récemment, la réalité (elle-même définie de différentes façons), ou pour décrire la relation régissant les œuvres d’art elles-mêmes31. » Si l’idée des différents niveaux de représentation défendue par Buell (l’intratextuel, l’intertextuel, l’autoreprésentationnel, l’extrareprésentationnel) ouvre la porte au second type de mimésis identifié par Spariosu, l’enjeu du débat déchirant l’écocritique des années 1990-2000 est clairement lié au premier type de mimésis identifié ici, soit la relation s’établissant entre l’art et le monde (mimésis extérieure).

Or, deux compréhensions contradictoires de l’art sont subsumées sous cet usage du terme « mimésis ». On s’en remet souvent à Platon ou à Aristote pour définir la mimésis. Selon Spariosu, Platon aurait été le premier à appliquer ce terme à la poésie, à la peinture et à la philosophie. Avant lui, la mimésis aurait plutôt été associée à la danse et à la musique ; elle était comprise davantage comme une performance et une forme d’expression que comme une imitation. La mimésis tient donc, d’une part, d’une composante non imitative, « l’extase ou le mouvement “dionysiaques” de l’être, et, d’autre part, [de] la mimésis platonicienne conçue comme imitation imparfaite, la pâle image d’une représentation inaccessible ou inadéquate de l’être32 ». Une tension constante entre ces deux conceptions a traversé l’histoire jusqu’à nos jours, tension qui s’est cristallisée avec une force remarquable dans le débat théorique sous-jacent à l’écocritique.

En effet, on le comprend bien, Phillips se positionne dans la tradition platonicienne et esquisse une stricte, voire très stricte, conception de la mimésis, ramenant l’imitation à un rapport de similitude entre l’objet et sa représentation. La position de Buell n’est pas aussi restrictive. Cela transparaît notamment dans la référence à Lopez dans son élaboration du concept de « mimésis extérieure », dans cette référence au savoir traditionnel, au régime mythologique, comme base du discours narratif. Lopez s’inspire en effet de récits de chasseurs autochtones sur des carcajous pour décrire son fonctionnement. Cela sous-tend une forme de mimésis non imitative qui s’affirme également à travers la littérature et qui permet à l’auteur d’exprimer la relation qu’il construit avec le monde autour de lui par la pratique de l’écriture, amenant dans un second temps le lecteur à ré-imaginer son rapport au monde33. Ainsi, pour Buell, l’écriture repose à la fois sur l’expérience individuelle du monde physique et sur les données culturelles qui donnent forme à cette expérience. Mais ces éléments ne suffisent pas à expliquer la puissance du texte littéraire. Dans cette perspective, la mise en forme de l’expérience à travers l’écriture jouerait un rôle essentiel en donnant une vivacité au récit permettant de créer une connexion avec le monde34. Au-delà du texte et de la représentation de la nature, c’est donc l’écriture en tant qu’acte – un acte qui, comme le récit du chasseur, peut mettre en valeur une relation singulière avec l’environnement – qui retient l’attention de Buell.

Cette compréhension particulière de la mimésis n’a pas été correctement saisie lors de la réception de The Environmental Imagination. Cela résulte de certaines confusions inhérentes au propos de Buell. D’une part, le passage de l’oralité à l’écrit impliqué par la référence à Barry Lopez n’est pas clairement problématisé. D’autre part, la capacité du texte à créer une connexion avec le monde par des effets de style est loin d’être évidente, d’autant plus que Buell n’illustre pas son propos par des analyses formelles rigoureuses. La confusion est d’autant plus grande que Buell, comme l’ensemble du mouvement écocritique, se réclamait alors du réalisme, alors même que la conception de la nature mise de l’avant dans cet ouvrage s’inspirait davantage du romantisme. De là découle une conception de la « mimésis » où s’enchevêtrent l’imitation de type platonicien, d’inspiration réaliste, et un expressivisme d’inspiration romantique.

Cette ouverture vers une mimésis non imitative devient un peu plus explicite dans l’ouvrage qu’a fait paraître Buell en 2005, The Future of Environmental Criticism35. Buell consacre un chapitre entier à la question de la mimésis et de la représentation. En reprenant les positions opposées du débat, Buell cherche à ouvrir une voie mitoyenne. Il rejette ainsi la position de certains partisans d’une écocritique d’obédience réaliste. En cherchant à opérer une rupture complète avec le poststructuralisme, ces chercheurs se seraient en même temps aliéné les outils leur permettant de questionner la mécanique de la représentation littéraire et d’étendre leur horizon de recherche vers des œuvres ou des genres qui accordent moins d’importance à la nature ou à l’environnement36. À l’autre bout du spectre, il reproche aussi à ses détracteurs leur conception réductrice de la mimésis, ainsi que la mauvaise foi avec laquelle certains ont abordé l’écocritique, réduisant l’approche à une conception naïve de la représentation littéraire, alors même que de nombreux théoriciens reconnaissent la complexité inhérente à leur objet d’étude37. Ainsi, pour Buell, la mimésis n’implique pas de similitude (sameness) entre la représentation et l’objet représenté38. La nature de la littérature rend en effet une telle correspondance impossible : « Le langage ne reproduit jamais des paysages extratextuels, mais il peut se tordre de telle sorte qu’il s’en rapproche ou s’en éloigne39. » Buell soutient ainsi que la mimésis n’est jamais une réplique fidèle du monde, mais qu’elle peut à la fois en être tirée et pointer vers lui selon des processus rhétoriques divers.

Une dernière contribution majeure au débat sur la notion de mimésis traversant l’écocritique se doit d’être soulignée ici. Dans un ouvrage paru en 200740, Timothy Morton développe une critique de la notion de mimésis et, plus largement, de l’écocritique. Il décrit un dispositif littéraire au cœur de la rhétorique réaliste qui caractérise le nature writing et qu’il nomme « écomimésis ». Il juge que l’écomimésis est vouée à l’échec puisqu’elle suppose que la relation du sujet à l’objet est toujours médiatisée par la présence d’un environnement, d’une nature, se déployant entre le sujet et l’objet. Or, selon Morton, la description de cet entredeux est impossible puisqu’un tel entredeux n’existe pas41, la dissolution de l’intérieur et de l’extérieur étant à strictement parler impossible42. Pour l’auteur, « l’écomimésis est une rhétorique singulière qui génère le fantasme d’une nature assimilable à une sorte d’atmosphère environnante, tangible, mais informe43 ». Morton démontre que la conception prédominante de la nature en écocritique est en filiation avec l’idéal romantique : « De nos jours, la pensée, incluant la pensée écologiste, a instauré la “Nature” comme une réification distante, sous le trottoir, un autre côté où l’herbe est toujours plus verte, préférablement dans les montagnes, dans un lieu sauvage (in the wild)44. » La nature est ainsi conçue comme séparée de la culture, comme un lieu idéal, où l’humain est quasi absent, duquel l’empreinte humaine est exclue.

Aménageant un terrain d’entente entre le propos d’inspiration poststructuraliste développé notamment par Phillips et Morton au cours des années 2000 et le néoréalisme antithéorique de l’écocritique des années 1990, la position intermédiaire élaborée en 2005 par Buell, assimilable à une forme de constructivisme, semble dominante de nos jours. Si la notion contentieuse de mimésis n’est plus tellement commentée, le débat l’entourant a en quelque sorte défini les assises de l’écocritique. En témoigne la mise en place théorique qu’offre Greg Garrard dans un ouvrage d’introduction à l’écocritique paru en 2012 :

Le « constructionnisme » est un outil puissant pour l’analyse culturelle […] Le défi pour l’écocritique est de garder un œil sur les façons dont la « nature » est toujours d’une certaine manière culturellement construite et l’autre sur le fait que la nature existe vraiment [et qu’elle constitue] à la fois l’objet et, bien qu’éloignée, l’origine de notre discours45.

Garrard endosse ici le « co-constructionnisme » (mutual-constructionism) développé par Buell dans Writing for an Endangered World46. Pour Buell, les cultures humaines se structurent dans et par le langage, mais structurent aussi le territoire, l’environnement, en fonction des possibilités offertes par celui-ci et des moyens techniques disponibles, situation qui contribue à son tour à structurer la culture, notamment en s’inscrivant dans le langage, et ce, sans que l’on puisse inférer, dans quelque direction que ce soit, un déterminisme bien défini. Entre réalisme et poststructuralisme, l’écocritique semble ici avoir trouvé un terrain d’entente : d’un côté, la capacité du texte à « référer » au monde ; de l’autre, la construction culturelle de notre rapport à la nature – l’essentiel étant de montrer comment chaque texte problématise ces éléments. Mais cette posture de compromis, qui mise sur un principe dialectique vague et indéterminé, ne permet pas de constituer un modèle théorique solide capable de conférer à l’écocritique une compétence particulière et distincte pour aborder la littérature.

En effet, l’écologie constitue la plupart du temps en écocritique un horizon lointain qui n’irrigue pas directement les analyses littéraires proposées47. Pour être plus exact, à la suite de Stéphanie Posthumus, on pourrait qualifier ces analyses d’études de l’« imaginaire scientifique »48 issu de l’écologie. Elle s’inspire en cela de Jean-François Chassay, pour qui ce concept permet de décrire l’impact culturel de la science sur les productions littéraires49. Dans cette perspective, l’écocritique chercherait surtout à saisir l’influence de l’écologie sur l’imaginaire littéraire. S’il s’agit déjà d’une contribution considérable au développement du savoir, l’écocritique aurait sans doute intérêt à pousser la réflexion plus loin afin de développer une approche structurée de la littérature, capable d’un dialogue réel avec la science.

En effet, on touche avec Morton à un des problèmes centraux de l’écocritique : celle-ci s’érige la plupart du temps sur des catégories dualistes issues de la modernité, alors même qu’elle se propose de dépasser les catégories modernes afin de repenser le rapport de l’humain à son environnement. Tout se passe comme si le mouvement était coincé dans le paradoxe déjà identifié par Phillips en 199950. Comment, en effet, remettre en question les prémisses de la théorie tout en utilisant celle-ci pour montrer les limites de la représentation littéraire? Étant donné ses achoppements théoriques, voire son refus sporadique de dialoguer avec la théorie, l’écocritique est-elle vraiment aussi « critique » que son nom le laisse supposer? En quoi l’écologie scientifique contemporaine pourrait-elle contribuer à la théorie littéraire afin de la sortir de son anthropocentrisme? D’abord sans doute en raison de l’attention qu’elle accorde aux relations entre l’humain et son environnement, mais également parce qu’elle considère le plus souvent l’humanité comme une partie intégrante de la nature51. L’un des rares chercheurs à s’être engagé dans une telle démarche interdisciplinaire, alliant l’écologie scientifique à la critique littéraire, est Phillips. Citant Bruno Latour et Richard Rorty, Phillips soutient qu’il importe de montrer les rapports de continuité entre nature et culture52. Il insiste en même temps sur des théories littéraires qui instaurent une fracture entre le monde phénoménologique et la sphère culturelle ou langagière – celles de Saussure et de Barthes, notamment –, les considérant comme la source incontournable de toute critique littéraire digne de ce nom53. Cette position paradoxale montre l’ampleur du travail à effectuer. On en revient ici à l’appel – très superficiellement formulé par Buell – à revisiter certaines prémisses de la théorie littéraire. Il importe par contre de les revisiter de façon radicale afin d’éviter de s’empêtrer dans la circularité inhérente aux discours présentés dans cette section. Pour ce faire, il est nécessaire d’établir un véritable dialogue entre écologie et critique littéraire de façon à mieux comprendre la complexité des transactions entre la littérature et le monde. Justement, l’écosémiotique est déjà engagée sur cette voie. Il importe désormais d’examiner de quelle manière elle peut contribuer au débat théorique en écocritique et ainsi lui conférer de meilleures assises.

 

Les fondements théoriques de l’écosémiotique

Peu d’écosémioticiens se sont intéressés à la littérature. Sémioticienne spécialiste de littérature anglaise, Wendy Wheeler a consacré une large part de son travail à l’étude des relations entre littérature et environnement, ancrant ses recherches dans les champs de la biosémiotique et de l’écosémiotique. Dans un article paru en 2008, « Postscript on Biosemiotics: Reading Beyond Words – and Ecocriticism », elle invite d’ailleurs l’écocritique à s’inspirer de l’écosémiotique afin de se doter de solides bases théoriques. Ce travail de refondation doit d’abord passer par une remise en question des fondements de la théorie littéraire, plus particulièrement de la conception du signe développée par Saussure dans son Cours de linguistique générale54. Cette théorie du système de la langue a très largement inspiré les études littéraires contemporaines, notamment par l’intermédiaire des travaux de Roland Barthes, poussant la critique à analyser la littérature comme un univers autosuffisant. Or, cette approche est peu constructive pour qui souhaite analyser les textes dans une perspective écologiste.

Wheeler insiste, à juste titre, sur le caractère problématique du signe saussurien :

Le psychologisme du modèle signifiant-signifié de Saussure, qui souligne essentiellement l’arbitraire des noms dans le langage symbolique et le principe de découpage différentiel qui le sous-tend, a été largement interprété de façon à ce que la signification, en tant que capacité de l’être humain à faire sens du monde, soit elle-même entièrement arbitraire et déliée à la fois de l’histoire des mots et de la préhistoire bio-évolutive de l’expérience des formes de vie animales (incluant l’humain)55.

Pour Wheeler, l’adhésion générale de la théorie littéraire à la conception saussurienne du signe a eu pour répercussion de la confiner à une forme d’idéalisme de la langue masquant la dimension pragmatique de la communication. De même, l’insistance du structuralisme à analyser des formes conçues comme anhistoriques a fait perdre de vue l’importance de penser la culture humaine dans un continuum évolutif. Ces présupposés théoriques entrent en contradiction avec les prémisses de la science écologique qui, elle, cherche à décrire l’interrelation des êtres vivants entre eux et avec le non-vivant, ainsi que l’évolution écologique de milieux naturels et humains. Ainsi Wheeler insiste-t-elle sur la nécessité, pour l’écocritique, de se dégager de son héritage saussurien et de se tourner vers des théories du signe compatibles avec une conception écologique du monde56.

Wheeler n’est pas la première à proposer une telle révision de nos aprioris. Avant elle, Winfried Nöth, l’un des premiers promoteurs de l’écosémiotique, a suggéré qu’en raison de son caractère fondamentalement « linguocentrique57 », la compatibilité de la théorie saussurienne du signe avec le paradigme écologique était extrêmement limitée. Pour Nöth comme pour Wheeler, il importe de se dégager de la conception binaire du signe saussurien et de la tradition sémiologique bâtie sur celle-ci pour se tourner vers la sémiotique peircienne. L’écosémiotique insiste sur l’idée forte de Charles S. Peirce selon laquelle « l’univers entier est perfusé de signes58 ». On voit tout de suite la dimension écologique d’une telle conception du signe, car celui-ci est pensé comme un attribut non seulement de la communication humaine, mais de l’ensemble des formes de communication ayant cours dans la nature.

L’écosémiotique allie la conception peircienne du signe aux théories de la représentation du monde de Jakob von Uexküll. Celui-ci a élaboré le concept d’Umwelt, concept clé de la biosémiotique qui réfère au fait que chaque espèce, que chaque individu au sein de chaque espèce, perçoit son environnement en fonction de ce qui lui est significatif aux fins de sa survie et d’après les sens que lui confère son anatomie59. L’exemple classique donné par Uexküll est celui de la tique qui se perche sur une branche et qui y reste inactive, parfois pour une très longue période, jusqu’à ce que l’odeur d’un animal la pousse à se laisser chuter, sa capacité à percevoir la chaleur lui permettant ensuite de déceler si elle a atteint ou non l’animal afin de le piquer60. Ainsi, l’Umwelt de la tique est-il constitué de certains types de signes prépondérants, parmi lesquels les odeurs animales et la chaleur, qui constituent les incitatifs principaux au sein de son environnement, le reste lui étant insignifiant. Ce même principe s’applique à n’importe quelle forme de vie, de la plus simple cellule jusqu’au mammifère, avec cette distinction qu’à « l’animal simple correspond un milieu simple, de même à l’animal complexe correspond un milieu richement articulé61 ».

C’est par la complexité de son Umwelt, dont la plus grande partie peut être dite culturelle, que l’être humain se démarque des autres animaux. En effet, considéré dans une perspective écosémiotique, l’environnement social, culturel, émotionnel, affectif d’un individu humain est constitué, au même titre que son environnement physique, par un ensemble de signes. C’est sur cette base que Wheeler se propose d’invalider la dichotomie nature-culture : « La nature et la culture, explique-t-elle, ne sont pas des choses séparées ; la culture est la façon dont la nature a évolué en nous62. » Cette évolution est notamment visible dans la complexification progressive des systèmes de communication au sein du vivant. Autrement dit, les signes peuvent atteindre différents niveaux de complexité. Selon Peirce, il existe trois principaux types de signes, que Wheeler décrit de la façon suivante :

Les signes iconiques sont caractérisés par l’identité ou la répétition ; ils constituent l’univers de la priméité de Peirce, ou la potentialité sémiotique. Les signes indexicaux sont caractérisés par des relations de cause à effet ; un signe doit être lié à un autre et l’indiquer ; ils constituent l’univers de la secondéité. Les signes symboliques sont conventionnels, non nécessaires ; ils constituent l’univers de la tiercéité d’après Peirce63.

Wheeler, suivant Peirce, insiste sur le fait que ces trois types de signes, et les trois niveaux de signification qu’ils impliquent, s’inscrivent dans un continuum évolutif. La secondéité émerge ainsi de la priméité ; de même, la tiercéité émerge de la secondéité. Le langage verbal s’appuie sur les possibilités de la tiercéité : à travers l’usage de mots propres à une langue donnée s’affirme le caractère arbitraire de la langue qui fonde sa conventionalité. Sur la base de ce continuum, une hiérarchisation des espèces est possible en fonction de leurs compétences interprétatives. De manière générale, plus un signe est conventionnel, c’est-à-dire symbolique, et plus son usage repose sur une construction culturelle complexe.

Le fonctionnement du langage verbal, constitué de signes symboliques, repose nécessairement sur des signes moins élaborés, l’icône et l’index, qui ou bien représentent le monde ou bien l’indiquent. Reconnaissant cela, Wheeler en vient à remettre en question le principe de l’arbitraire du signe de Saussure64. Contrairement à Saussure, Peirce considère que le référent est partie prenante de tout signe, bien qu’un référent puisse parfois renvoyer à un concept abstrait ou imaginaire. Le caractère conventionnel d’un symbole ne peut être identifié à un arbitraire pur, puisqu’un symbole est nécessairement inscrit dans un processus évolutif dont il résulte. C’est ce processus qui lui confère son sens, qui se trouve donc ainsi toujours lié de près ou de loin à une expérience du monde et de la réalité sociale qui l’a fait naître. Ce caractère évolutif n’implique cependant pas qu’on puisse identifier, pour un symbole donné, une détermination définie. La signification du signe en fonction de son contexte est en principe infinie puisqu’un signe a toujours la capacité de renvoyer à un autre signe, la tiercéité pouvant dès lors se constituer comme une série de signes n’ayant de signification qu’au sein du langage. Or, cette infinité potentielle à laquelle s’abreuve la référence symbolique demeure contrainte par les limites de l’Umwelt humain et des conditions terrestres qui constituent l’horizon à la fois de notre activité signifiante et de notre connaissance. Ainsi, la capacité de l’être humain à forger son Umwelt selon sa volonté propre peut-elle lui sembler infinie en raison des possibles que permet l’usage des formes symboliques, elle reste tout de même limitée par les réalités biologique et physique de notre espèce et de notre environnement terrestre.

Cette perspective rappelle celle développée par certains pionniers de l’écologie sociale, tels que Pierre Dansereau. Figure importante de l’écologie scientifique au Québec, Dansereau a prôné dès les années 1960 un rapprochement entre sciences naturelles et sciences humaines par le biais de l’écologie. Selon lui, les sciences humaines apparaissent comme un complément nécessaire aux sciences naturelles puisqu’elles « nous préparent à comprendre les motivations complexes des supposés primitifs qui ont fait face à quelques-unes des plus grandes épreuves de l’adaptation à l’environnement en produisant des réponses plutôt symboliques que matérielles65 ». Autrement dit, pour Dansereau, la culture est avant tout un trait comportemental humain qui permet l’adaptation à l’environnement, c’est-à-dire la survie. Justement, cette adaptation ne peut être comprise dans une perspective strictement biologique, puisqu’elle passe fondamentalement par un travail de perception, de classification et de transmission du savoir qui permet à une société donnée d’identifier les ressources disponibles dans son environnement. « Chaque culture a de la sorte quelque foyer privilégié qui lui permet d’ajuster sa vision à son environnement matériel66 » ; foyer qui s’affirme non seulement par l’exploitation des ressources identifiées, dans le choix d’intervention sur l’environnement favorisé, mais aussi dans les rituels religieux, dans les arts et dans la technique.

L’écosémiotique et la biosémiotique adoptent justement cette même perspective évolutionniste. Elles visent à mieux comprendre comment l’être humain a pu développer des réponses symboliques à des problèmes de nature écologique à travers son évolution. En ce sens, elles se rapprochent beaucoup plus de l’écologie que de l’écocritique, puisqu’elles empruntent à la science sa démarche expérimentale dans l’idée de définir les paramètres de l’ancrage biologique et comportemental de la culture. Mais leur programme ne la mène pas pour autant à sombrer dans un déterminisme biologique ; la tiercéité sémiotique étant générative, elles débouchent nécessairement sur un espace ouvert où la diversité des expressions culturelles humaines n’épuise pas ses causes.

Cette perspective évolutionniste vient en quelque sorte décloisonner la littérature, la sortant du « linguocentrisme » ou de l’« anthropocentrisme » que lui a affublé la théorie littéraire contemporaine. Il ne s’agit pas de nier que la cohérence interne du texte puisse être analysée en elle-même, au contraire. Mais le fait que le texte puisse être considéré analytiquement comme un objet clos n’en fait pas pour autant un objet intrinsèquement clos. En effet, si les symboles qui constituent la langue s’élaborent, au minimum à l’origine, au contact du monde, le texte est toujours dérivé de ce contact au monde. Il est donc capable de le représenter ou d’y référer. De même, la littérature s’élabore nécessairement au contact du monde et tente bien souvent, comme c’est le cas avec le nature writing, d’en proposer une description plus ou moins fidèle à l’expérience. En somme, la langue et, dans un second temps, la littérature constituent un horizon de signification symbolique qui se déploie à l’intérieur de l’Umwelt humain et qui contribue à modeler l’expérience subjective du monde. Dans cette perspective, la littérature ne peut être considérée comme un objet idéal, se développant dans les limites strictes de la culture. Cela ouvre bien entendu la voie à de nouvelles façons d’envisager la littérature afin de mieux comprendre sa relation avec le monde.

En ce sens, l’écosémiotique, par le truchement du concept d’Umwelt, développe une perspective qui n’est pas étrangère à l’idée de paysage intérieur et de paysage extérieur que défendent Lopez et Buell67, bien que ces derniers ne se réfèrent jamais explicitement à la notion de signe, préférant des arguments de nature anthropologique pour l’un, ou développant une conception vague de la représentation littéraire pour l’autre. Pourtant, considéré sous l’angle d’une « projection à l’intérieur d’une personne » d’une part du paysage extérieur, le paysage intérieur n’est pas sans rappeler la manière dont se conçoit l’Umwelt, celui-ci étant d’abord et avant tout constitué par la perception spécifique à chaque individu au sein d’une espèce de son environnement.

Mais c’est surtout l’insistance de Lopez sur la capacité du sujet à non seulement identifier les composantes du paysage extérieur, mais aussi à comprendre les relations entre celles-ci qui est pertinente ici. Dans une perspective écosémiotique, tout être vivant est, comme la tique, engagé dans un processus de communication avec son environnement, un jeu de perception et d’action permis et limité par la physiologie de l’animal, de la plante ou de la bactérie. Or, ces processus peuvent être perceptibles par d’autres êtres vivants, notamment par l’humain. Pour reprendre les mots de Timo Maran,

la nature – telle que nous la percevons lors de nos visites en nature – est le résultat de nombreuses pratiques interprétatives, elle a changé et a été refaite d’innombrables fois avant nous, elle est remplie par des signes, des significations et des signaux variés pour, et produits par, d’autres êtres vivants68.

Comprendre les liens qui s’établissent entre les différents éléments du paysage revient ainsi en bonne partie à percevoir les différentes relations sémiotiques qui existent entre les êtres vivants. Cette compréhension est constitutive de toute culture et s’immisce jusque dans les discours narratifs.

Les travaux de Kalevi Kull peuvent nous permettre de préciser ce processus. Kull s’appuie sur le concept lotmanien de sémiosphère, lui-même calqué sur le concept de « biosphère »69. Dans « Semiosphere and Dual Ecology », Kull reprend plusieurs définitions de la sémiophère. La plus commode pour nous est celle où il la décrit comme la « sphère de la communication70 ». La sémiosphère est l’espace constitué par les signes, par la somme des différents langages qui constituent une culture, et qui permettent à des agents sémiotiques d’exploiter diverses formes de communication. En ce sens, la sémiosphère n’est pas étrangère au concept d’Umwelt. En effet, elle émerge à travers les processus de communication qui permettent aux agents sémiotiques d’entrer en contact entre eux. Kull décrit la sémiosphère comme « l’ensemble de tous les umwelten interconnectés. Deux umwelten, aussitôt qu’il y communication, font partie de la même sémiosphère71. » Dans une perspective écosémiotique, Kull inclut ainsi dans la sémiosphère les différentes strates du vivant puisque s’y développent, comme nous l’avons vu avec Wheeler, différents processus de communication.

Dans « Semiotic ecology: different natures in the semiosphere72 », Kull s’attarde plus précisément à l’Umwelt humain pour montrer comment la nature s’y déploie selon trois niveaux de signification interdépendants, auxquels s’ajoute un autre niveau se trouvant en dehors de tout Umwelt :

ce qui se trouve hors de l’Umwelt, peut être appelé la nature zéro. La nature zéro est la nature elle-même (par exemple, la nature sauvage absolue). La nature première est la nature que l’on voit, identifie, décrit et interprète. La nature seconde est la nature que l’on a matériellement interprétée, la nature matériellement traduite, c’est-à-dire la nature transformée, la nature produite. La nature tierce est la nature virtuelle, tel qu’elle existe dans l’art et la science73.

On trouve ainsi, à un bout du spectre, la nature zéro, celle qui existe avant toute forme d’intervention humaine. À l’autre bout du spectre se trouve la nature tierce, soit la nature imaginaire, ou théorique, « l’interprétation de l’interprétation, la traduction de la traduction, l’image de l’image de la nature74. » Cette nature est donc purement culturelle en ce sens que, comme le symbole, elle se déploie dans une indépendance relative par rapport au réel. L’intérêt particulier du modèle de Kull réside dans les deux autres niveaux de nature qui permettent de passer du niveau zéro au niveau trois. En effet, la nature première, l’horizon perceptif et interprétatif de l’Umwelt, est basée sur les stimuli, sur le contact direct avec la nature zéro à travers l’appareil perceptif humain. La nature seconde concerne l’action humaine sur la nature, la capacité de l’humain à transformer la nature, voire à produire une nature créée de toute pièce, comme c’est le cas au zoo ou dans un parc de conservation. Or, si la nature zéro est à l’origine du stimulus et subit la réponse, la nature tierce repose sur la perception et l’interprétation qui donne lieu à la nature première. De même, elle peut diriger l’action, dictant la transformation de la nature zéro en fonction de critères culturellement construits.

Figure 1. Ce schéma représente la relation entre les différents niveaux de nature décrits par Kalevi Kull. Le 0 y représente la nature zéro, le 1 la nature première, le 2 la nature seconde et le 3 la nature tierce ; le N tient pour nature, le M pour image75.

 

Selon Timo Maran, cette typologie « est la mieux adaptée pour décrire la transposition culturelle (culturisation) de la nature, le remplacement des structures authentiques et de représentations par des structures transformées ou médiatisées76 ». Si la fiction appartient clairement à la nature tierce, Maran insiste sur l’ambiguïté du nature writing, un genre littéraire marqué par une volonté de décrire la relation établie par l’auteur envers son environnement, et qui peut être porteur de différents types de natures, notamment de traces de l’expérience physique – ou animale – de l’environnement. Certains trouveront cette perspective douteuse, puisque la traduction langagière de cette expérience ramène celle-ci du côté de la culture. De même, une description fictionnelle de la nature peut viser à reproduire de manière vraisemblable des relations sémiotiques s’étant produites dans l’expérience d’un auteur. Malgré ces critiques possibles, le modèle développé par Kull montre que la nature, dans sa dimension culturelle, se développe en interaction avec la nature concrète, indépendante de son appréhension par l’humain.

Cet exposé des possibilités offertes par l’écosémiotique reste sommaire. Il me paraît néanmoins suffisant pour montrer que cette approche théorique permet de positionner le texte dans un rapport de continuité avec l’environnement. En effet, l’écosémiotique montre que la communication et la signification ne se produisent jamais ailleurs que dans le monde. De même, la littérature est avant tout un objet qui s’érige au contact du monde et qui participe à la dimension culturelle de l’Umwelt humain. Ce rapport de continuité permet d’éviter l’écueil dualiste qui tend à miner l’écocritique, coincé qu’elle est entre une perspective poststructuraliste, dans laquelle la capacité référentielle de la langue est remise en question, ou encore dans celle, réaliste, d’une mimésis qui confond imitation du monde et vision romantique de la nature. Pour l’écosémiotique, la littérature est conçue comme une expérience de représentation du monde, dans le monde. Elle contribue bien entendu à l’extension infinie de la sémiose, mais repose en même temps sur les bases pragmatiques d’un « monde transi de signes », contribuant à en transformer et à en altérer l’agencement. Les relations spécifiques entre le monde naturel et la représentation littéraire restent bien entendu à décrire : c’est le travail de l’écocritique que d’effectuer de tels examens. Un dialogue peut s’établir entre écosémiotique et écocritique du moment que l’on reconnaît à chaque domaine de pensée son apport particulier : l’écosémiotique fournit à l’écocritique un modèle théorique capable de fonder le travail analytique de cette dernière.

 

Écocritique et écosémiotique : vers un renouveau de la théorie littéraire?

Considérer, comme Peirce, que le monde est composé de signes permet d’arrimer l’expression langagière au monde, le nature writing à la nature. Les jeux de signes symboliques qui composent les langues dans lesquelles sont produites les œuvres littéraires permettent d’exprimer des expériences variées du monde, mais dont la constante demeure l’Umwelt humain, son domaine de référence. Tout milieu suscite, chez les organismes qui l’habitent, des interprétations sémiotiques qui s’inscrivent dans les limites physionomiques de ceux-ci. En ce sens, les nature writings sont des productions sémiotiques éminemment sophistiquées qui témoignent du rapport complexe qu’entretiennent les humains à leur milieu. Si ce rapport comporte une part de fantasme, d’idéalisation et d’imagination, il n’en reste pas moins déterminé, d’abord, par des paramètres physiques et biologiques. Au-delà du terrain d’entente entre poststructuralistes et néoréalistes qui existe en écocritique de nos jours, l’écosémiotique ouvre la voie à un réexamen profond de la théorie littéraire : ni réalisme naïf ni idéalisme fondé, à tort, sur l’indéfinition de la référence, l’écosémiotique permet d’aborder nos rapports symboliques au monde dans toute leur complexité en s’appuyant explicitement sur le paradigme évolutionnaire propre à la science écologique. Ce faisant, l’écosémiotique est en mesure d’œuvrer au développement d’un modèle épistémologique cohérent et opérationnel pour l’écocritique.

Le débat qui a animé le domaine de l’écocritique depuis les années 1990 a-t-il été mené en vain? Jusqu’à tout récemment, l’opposition entre les tenants d’un certain réalisme et les défenseurs de la pensée poststructuraliste n’avait pas su produire de synthèse capable de dépasser les positions métaphysiques retranchées. Sans doute le débat autour du problème de la mimésis, terme historiquement chargé et porteur de confusion, est-il au moins partiellement responsable de l’impasse. On constate cependant que certains éléments avancés par Lawrence Buell (et par d’autres), notamment l’idée de paysage extérieur et intérieur, trouvent des assises théoriques crédibles lorsqu’ils sont mis en rapport avec une conception écosémiotique du signe. En effet, la notion d’Umwelt et la sémiotique peircienne permettent d’envisager le discours narratif dans sa capacité à décrire précisément les relations sémiotiques occurrentes entre, d’une part, des signes perçus dans un environnement naturel donné et, de l’autre, l’interprétation qui en est offerte à travers l’expression littéraire. En ce sens, l’écosémiotique établit clairement un rapport de continuité entre l’imaginaire et la réalité physique de l’environnement. En effet, comme le montrent les théories de Peirce ainsi que le modèle des différentes natures de Kull, la culture se développe toujours au contact de la nature et, bien que la culture gagne une certaine indépendance par rapport à celle-ci, elle ne s’en détache jamais complètement. Par sa façon d’envisager les processus de communication dans toutes les strates du vivant, et d’ériger sur cette base une conception écologique du discours narratif, l’écosémiotique peut révolutionner l’étude de la littérature en l’intégrant dans un paradigme continuiste capable de dépasser le dualisme inhérent à l’écocritique tel qu’elle s’est constituée jusqu’ici. Ce dépassement paraît d’ailleurs essentiel afin que se développe enfin, dans le domaine de la critique littéraire comme dans les humanités en général, la révolution écologique que l’écocritique des premières heures espérait de tous ces vœux.

 

  • 1. Francisation du terme nature writing proposée par Louis Hamelin. Il faut toutefois préciser que le nature writing se limite, dans le monde anglophone, aux écrits de non-fiction, tandis que cette frontière n’existe pas dans le monde littéraire francophone. Le corpus francophone inclut donc des textes de fiction. Le présent texte se concentre sur une approche critique étatsunienne. L’expression nature writing sera favorisée afin d’éviter toute ambiguïté.
  • 2. W. RUECKERT, « Literature and Ecology », dans C. Glotfelty & H. Fromm (dir.), The Ecocriticism Reader. Landmarks in Literary Ecology, Athens, The University of Georgia Press, 1996, p. 107. Paru à l’origine dans Iowa Review, vol. 9, no 1, 1978, p. 71‑86.
  • 3. C. GLOTFELTY & H. FROMM (dir.), The Ecocriticism Reader, op. cit., p. XVIII.
  • 4. Ibid.
  • 5. L. BUELL, The Environmental Imagination: Thoreau, Nature Writing, and the Formation of American Culture, Cambridge, The Belknap Press of Harvard University Press, 1995.
  • 6. Voir « Environmental Sainthood », The Environmental Imagination, op. cit., p. 311‑397, qui traite de la réception de Thoreau au cours des XIXe et XXe siècles.
  • 7. J. ELDER & R. FINCH (dir.), The Norton Book of Nature Writing, New York, W. W. Norton, 1990, p. 20. Cette traduction, ainsi que toutes les suivantes de l’anglais, sont les miennes.
  • 8. L. MARX, The Machine in the Garden: Technology and the Pastoral Ideal in America, New York, Oxford University Press, 2000 [1964].
  • 9. L. BUELL, The Environmental Imagination, op. cit., p. 84.
  • 10. E. HUSSERL, Recherches logiques, tome 2. Recherches pour la phénoménologie de la connaissance, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Épiméthée », 2010, p. 185.
  • 11. L. M. SCIGAJ, Sustainable Poetry. Four American Ecopoets, Lexington, The University Press of Kentucky, 1999, p. 66.
  • 12. L. BUELL, The Environmental Imagination, op. cit., p. 82.
  • 13. Selon Rey Chow, professeur de littérature à l’Université Duke en Caroline du Nord, cette volonté d’analyser strictement la cohérence interne du texte littéraire est profondément ancrée dans l’histoire de la critique littéraire étatsunienne. La force d’impact du poststructuralisme aux États-Unis serait ainsi due au fait que ce mouvement favorise une lecture rapprochée (close reading) ou détaillée des textes et se rapproche en cela de ce que prônait déjà le New Criticism au milieu du XXe siècle. Selon Chow, ce mouvement était mû par un désir « de produire une lecture complète, intrinsèque, qui pourrait exemplifier l’œuvre littéraire comme un monde autosuffisant avec des règles qui ne s’appliqueraient qu’à elle-même […] » (R. CHOW, « The Interruption of Referentiality: Poststructuralism and the Conundrum of Critical Multiculturalism », The South Atlantic Quarterly, vol. 101, no 1, 2002, p. 176). Cet esprit peut être rapproché de celui qui animait déjà le formalisme russe au début du XXe siècle, qui considérait que la littérature « avait ses lois, ses structures et ses figures propres qui devaient être étudiées en elles-mêmes et pas ramenées à autre chose » (T. EAGLETON, Critique et théorie littéraires, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Formes sémiotiques » 1994, p. 5). L’esprit du formalisme s’est affirmé avec une vigueur particulière dans le structuralisme et la sémiologie issue des théories du signe de Ferdinand de Saussure, marqués par cette même volonté de considérer le texte en tant que structure autosuffisante. Le point commun entre ces mouvements réside dans le fait qu’ils cherchaient à instituer la littérature comme un objet d’étude à part entière en autonomisant la critique par rapport à l’histoire littéraire et à la morale, ou encore par rapport à la sociologie et à la psychologie. Dans tous les cas, il s’agit de considérer le texte pour ses valeurs intrinsèques, à cette différence près que les courants formaliste et structuraliste ont surtout insisté sur la mécanique textuelle et les structures du langage, s’inspirant en cela de la linguistique formelle, alors que pour le New Criticism il s’agissait d’utiliser les outils fournis par l’histoire littéraire, la linguistique notamment, afin de faire émerger des œuvres les apories, les incongruités, les moments où le système langagier constitué par le texte littéraire devient incohérent. En effet, John Crowe Ransom, une figure influente du New Criticism, considère que chaque poème contient « un objet logique ou universel, mais en même temps un tissu d’incongruités desquelles il émerge réellement. Le critique doit prendre le poème à part, ou l’analyser, afin de découvrir son fonctionnement » (J. CROWE RANSOM, « Criticism, Inc. », Virginia Quaterly Review, vol. 13, no 4, 1937). Or, justement, le poststructuralisme (et la French Theory) a en quelque sorte poursuivi cette tâche, mais en en étendant la portée. En effet, pour Jonathan Potter, les penseurs appartenant à cette tradition « ont cherché à révéler le système, ou l’ensemble de discours cachés derrière la simple histoire de la relation du-mot-et-de-l’objet donnant accès aux faits, et ont ainsi radicalement déstabilisé les notions communes de la représentation des faits » (J. POTTER, Representing Reality. Discourse, Rhetoric and Social Construction, Londres, Sage Publications, 1996, p. 68). En 1963, dans l’article « Qu’est-ce que la critique? », Roland Barthes avançait que, bien que « le monde existe et que l’écrivain en parle », la tâche du critique littéraire « n’est nullement de découvrir des “vérités”, mais seulement des “validités” », c’est-à-dire de voir si le langage utilisé par l’auteur constitue « un système cohérent de signe », perspective qui s’inscrit dans une approche sémiologique du texte et qui s’inspire elle aussi de la linguistique structurale (R. BARTHES, « Qu’est-ce que la critique? », Essais critiques, Paris, Seuil, 1964, p. 255).
  • 14. L. BUELL, The Environmental Imagination, op. cit., p. 86.
  • 15. Ibid., p. 92.
  • 16. Ibid., p. 93. Lawrence Buell reprend ici une taxonomie élaborée par L. HUTCHEON, « Metafictional Implications for Novelistic Reference », dans A. Whiteside & M. Issacharoff (dir.), On Referring in Literature, Bloomington, Indiana University Press, 1987, p. 9.
  • 17. Barry Lopez est l’auteur, entre autres, de l’essai Arctic Dreams, récipiendaire du National Book Awards en 1986.
  • 18. B. LOPEZ, Crossing Open Grounds, New York, Vintage Books, 1989 [1988], p. 64‑65.
  • 19. Ibid., p. 66.
  • 20. L. BUELL, The Environmental Imagination, op. cit., p. 94.
  • 21. J. PARINI, « The Greening of the Humanities », The New York Times Magazine, 29 octobre 1995, p. 52. Cité par D. PHILLIPS, « Ecocriticism, Literary Theory, and the Truth of Ecology », New Literary History, vol. 30, no 3, 1999, p. 579. Selon Phillips, cette description est basée sur des entrevues avec des personnalités importantes de l’écocritique tels John Elder et Lawrence Buell.
  • 22. G. A. LOVE, « Revaluing Nature: Toward and Ecological Criticism », dans C. Glotfelty & H. Fromm (dir.), The Ecocriticism Reader, op. cit., p. 230. Paru à l’origine dans Western American Literature, vol. 25, no 3, 1990, p. 201‑215. Glotfelty et Fromm considèrent ce texte comme le plus influent parmi ceux rassemblés dans leur anthologie. The Ecocriticsm Reader, op. cit., p. XXX.
  • 23. G. A. LOVE, « Revaluing Nature », loc. cit., p. 230.
  • 24. P. D. MURPHY, Ecocritical Explorations in Literary and Cultural Studies. Fences, Boundaries, and Fields, Plymouth (G.-B.), Lexington Books, 2009, p. 4.
  • 25. D. PHILLIPS, « Ecocriticism, Literary Theory, and the Truth of Ecology », loc. cit., p. 577‑602.
  • 26. D. PHILLIPS, The Truth of Ecology: Nature, Culture, and Literature in America, Oxford/New York, Oxford University Press, 2003.
  • 27. D. PHILLIPS, « Ecocriticism, Literary Theory, and the Truth of Ecology », loc. cit., p. 578.
  • 28. Dans le cas de Love, Phillips critique la mise en avant de la « conscience de soi (ego-consciousness) » au détriment de la « conscience écologique (eco-consciousness) », soulignant que le poststructuralisme n’a pas été très doux envers la notion d’ego, ce que Love semble ignorer (ibid., p. 579-580). De même, il questionne l’usage fait par Elder des termes « écologie », « écosystème » et « organisme » afin de montrer qu’Elder les emploie dans une perspective qui n’a que peu à voir avec celle de la science écologique (ibid., p. 580‑582). En somme, Phillips considère que l’« analyse écocritique des textes procède au hasard, par l’intermédiaire de concepts flous façonnés à partir de termes empruntés : des mots comme “écosystème”, “organisme” ou “nature sauvage” (wilderness) sont utilisés de façon métaphorique sans que ce statut métaphorique ne soit reconnu, comme si les langages de la littérature, de l’écologie et de l’environnement étaient beaucoup plus compatibles qu’ils ne le sont réellement, et comme si ces différences pouvaient être négligées sans encombres » (ibid., p. 579).
  • 29. Ibid., p. 583.
  • 30. Ibid., p. 593.
  • 31. M. SPARIOSU, Mimesis in Contemporary Theory: An Interdisciplinary Approach. Vol 1: The Literary and Philosophical Debate, Philadelphie, John Benjamins Publishing, 1984, p. I.
  • 32. Ibid., p. III.
  • 33. L. BUELL, The Environmental Imagination, op. cit., p. 97.
  • 34. Ibid., p. 97-102.
  • 35. L. BUELL, The Future of Environmental Criticism. Environmental Crisis and Literary Imagination, Malden, Blackwell Publishing, 2005.
  • 36. Ibid., p. 31.
  • 37. Ibid., p. 32 et p. 40.
  • 38. Ibid., p. 32.
  • 39. Ibid., p. 33.
  • 40. T. MORTON, Ecology Without Nature. Rethinking Environmental Aesthetics, Cambridge, Harvard University Press, 2009 [2007].
  • 41. Ibid., p. 78.
  • 42. Ibid, p. 67.
  • 43. Ibid., p. 77.
  • 44. T. MORTON, The Ecological Thought, Cambridge, Harvard University Press, 2010, p. 3.
  • 45. G. GARRARD, Ecocriticism, New York, Routledge, coll. « The New Critical Idiom », 2012, p. 10.
  • 46. L. BUELL, Writing for an Endangered World. Literature, Culture, and Environment in the U.S. and Beyond, Cambridge, The Belknap Press of Harvard University Press, 2003 [2001].
  • 47. Dans The Truth of Ecology, Dana Phillips discute longuement des contradictions observables entre la conception de l’écologie mise de l’avant par l’écocritique et celle développée par l’écologie scientifique. D. PHILLIPS, The Truth of Ecology, op. cit., p. 42-134.
  • 48. S. POSTHUMUS, « Écocritique et Ecocriticism, repenser le personnage écologique », dans M. Vadean & S. David (dir.), La pensée écologique et l’espace littéraire, Montréal, Presses de l’Université du Québec, coll. « Figura », no 36, 2014, p. 20.
  • 49. J.-F. CHASSAY, « D’une fausse incompatibilité », Québec français, no 148, 2008, p. 31.
  • 50. D. PHILLIPS, « Ecocriticism, Literary Theory, and the Truth of Ecology », loc. cit.
  • 51. Jusque dans les années 1950, l’écologie était considérée comme une branche de la biologie. À partir de cette décennie, l’écologie s’est déplacée vers une « étude systémique de l’environnement » (E. P. ODUM, « La portée de l’écologie », dans A. Debourdeau (dir.), Les grands textes fondateurs de l’écologie, Paris, Flammarion, coll. « Champs Classiques », 2013, p. 108). Les travaux de Eugene P. Odum et de Howard T. Odum, ainsi que ceux, au Québec, de Pierre Dansereau, ont grandement contribué à ce virage. Pour E. P. Odum, « l’écologie ne s’intéresse pas qu’aux organismes mais aussi aux courants énergétiques et aux cycles de la matière sur le sol, dans les océans, dans l’air et dans l’eau douce, cette science peut être considérée comme l’“étude de la structure et de la fonction de la nature” – en reconnaissant que l’humanité est partie intégrante de la nature » (ibid. p. 107). Selon Dansereau, « l’écologiste aura reconnu l’homme comme faisant partie de la nature, il aura entrepris un inventaire de ce qui conduit à la production des ressources, il aura classé les paysages d’après leurs patrons naturels et il y aura superposé l’action de l’homme. Afin de ne pas briser la continuité qui mène des sciences naturelles aux sciences humaines et qui contribuent à une évaluation rationnelle du paysage, un cadre écologique doit être construit » (P. DANSEREAU, La Terre des hommes et le paysage intérieur, Ottawa, Éditions Leméac & Éditions Ici Radio-Canada, 1973, p. 81). Dans les deux cas, on constate que l’humain est considéré comme un élément à part entière de la nature. En ce sens, l’écologie tend généralement à briser le dualisme nature-culture qui caractérise la civilisation occidentale pour plutôt considérer nature et culture comme faisant partie d’un même système. En ce sens, l’écologie peut inspirer la théorie littéraire afin de briser l’anthropocentrisme qui la caractérise.
  • 52. D. PHILLIPS, The Truth of Ecology, op. cit., p. 34 et 38.
  • 53. Ibid., p. 9-10.
  • 54. W. WHEELER, « Postscript on Biosemiotics: Reading Beyond Words – and Ecocriticism », New Formation, no 64, 2008, p. 138.
  • 55. Ibid., p. 142.
  • 56. Ibid., p. 138.
  • 57. W. NÖTH, « Ecosemiotic », Sign Systems Studies, vol. 26, 1998, p. 332‑343, spéc. 337.
  • 58. C. S. PEIRCE, The Collected Papers of Charles Sanders Peirce, vol. 1-6 : C. Hartshorne & P. Weiss (dir.), Cambridge, Harvard University Press, 1931-1935 ; vol. 7‑8 : A. W. Burks (dir.), même éditeur, 1958, § 5.448.
  • 59. J. von UEXKÜLL, Milieu animal et milieu humain, trad. de l’allemand et annoté par C. Martin-Freville, Paris, Payot & Rivages, 2010 [1934], p. 33‑40.
  • 60. Ibid., p. 32‑33.
  • 61. Ibid., p. 40.
  • 62. W. WHEELER, « Figures in a Landscape: Biosemiotics and the Ecological evolution of Cultural Activity », L’Esprit Créateur, vol. 46, no 2, 2006, p. 105.
  • 63. W. WHEELER, « Postscript on Biosemiotics: Reading Beyond Words – and Ecocriticism », loc. cit., p. 143.
  • 64. Ibid., p. 142.
  • 65. P. DANSEREAU, La Terre des hommes et le paysage intérieur, Montréal, Leméac, 1973, p. 12.
  • 66. Ibid., p. 11.
  • 67. Dès 1973, Pierrre Dansereau parlait de paysage intérieur (inscape) et de paysage extérieur (landscape), termes qu’il reprend du poète britannique Gerard Manley Hopkins : « Mon propos, dès lors, se rapporte tout autant au paysage intérieur qu’au paysage extérieur, tout autant à la perception de l’environnement qu’à l’impact de l’homme sur la nature. […] L’homme, depuis des temps magdaléniens jusqu’à nos jours, a eu une perception sélective du monde qui l’entourait et, à son tour, une façon très sélective aussi de modeler le paysage à l’image de sa vision intérieure. » (Ibid., p. 9.) Si sa conception du paysage extérieur est extrêmement similaire à celle développée par Barry Lopez, il présente toutefois le paysage intérieur moins sur le mode individuel de la psyché que dans la perspective collective d’un imaginaire partagé au sein d’une communauté, ou encore, pour reprendre les mots de René Audet, de « “représentations sociales” de l’environnement ». R. AUDET, « L’écologie humaine de Pierre Dansereau et la métaphore du paysage intérieur », Natures Sciences Sociétés, vol. 20, 2012, p. 37.
  • 68. T. MARAN, « An Ecosemiotic Approach to Nature Writing », PAN: Philosophy, Activism, Nature, no 7, 2010, p. 84.
  • 69. Y. LOTMAN, La sémiosphère, trad. du russe par A. Ledenko Limoges, Presses Universitaire de Limoges, 1999, p. 10.
  • 70. K. KULL, « Semiosphere and Dual Ecology: Paradoxes of Communication », Sign Systems Studies, vol. 33, no 1, 2005, p. 179.
  • 71. Idem.
  • 72. K. KULL, « Semiotic ecology: different natures in the semiosphere », Sign Systems Studies, vol. 26, p. 344‑371.
  • 73. Ibid., p. 355.
  • 74. Idem.
  • 75. Reproduit d’après K. KULL, « Semiotic ecology: different natures in the semiosphere », Sign Systems Studies, vol. 26, 1998, p. 357.
  • 76. T. MARAN, « An Ecosemiotic Approach to Nature Writing », loc. cit., p. 83.
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Pour citer cet article 

VIGNOLA, Gabriel, « Écocritique, écosémiotique et représentation du monde en littérature », Cygne noir, no 5, 2017. En ligne : <http://revuecygnenoir.org/numero/article/vignola-ecocritique-ecosemiotique> (consulté le xx/xx/xxxx).

À propos de l'auteur·e 

Gabriel Vignal est détenteur d'un diplôme de maîtrise en études littéraires de l'Université du Québec à Montréal. En savoir plus sur Gabriel Vignola.