Le sujet-signe et la trahison du fantasme

Sous-titre 
Introduction au 8e numéro du Cygne noir
Auteur·e 
Simon LEVESQUE
Laurance OUELLET TREMBLAY
Résumé 

Fantasme et fantaisie partagent une même racine étymologique grecque : φαντασία et φάντασμα renvoient tous deux à l’idée d’apparition, d’image présentée à l’esprit. Tour à tour construction imaginaire, vision hallucinatoire, illusion ou rêverie, la fantaisie est aussi associée à la liberté psychique du sujet, à la singularité de son caractère (un type fantasque). Dans la fantaisie tiendrait donc une part de l’identité du sujet, ce que le concept de fantasme en psychanalyse problématise. C’est pourquoi nous avons choisi d’associer ces deux termes dans l’intitulé du présent numéro, en y adjoignant celui de sémiotique, car une investigation sur le fantasme, comme on s’en rendra compte, a tôt fait de forcer une réflexion sur le signe. Quant à la formule « quand ego signe », elle voudrait signifier cette façon singulière qu’a le sujet de trouver ses points d’organisation hors lui, dans le langage et dans le fantasme qui le traversent et par rapport auxquels sa position, le signalant, le trahit également.
 

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Texte intégral 

Fantasme et fantaisie partagent une même racine étymologique grecque : φαντασία et φάντασμα renvoient tous deux à l’idée d’apparition, d’image présentée à l’esprit. Tour à tour construction imaginaire, vision hallucinatoire, illusion ou rêverie, la fantaisie est aussi associée à la liberté psychique du sujet, à la singularité de son caractère (un type fantasque). Dans la fantaisie tiendrait donc une part de l’identité du sujet, ce que le concept de fantasme en psychanalyse problématise. C’est pourquoi nous avons choisi d’associer ces deux termes dans l’intitulé du présent numéro, en y adjoignant celui de sémiotique, car une investigation sur le fantasme, comme on s’en rendra compte, a tôt fait de forcer une réflexion sur le signe. Quant à la formule « quand ego signe », elle voudrait signifier cette façon singulière qu’a le sujet de trouver ses points d’organisation hors lui, dans le langage et dans le fantasme qui le traversent et par rapport auxquels sa position, le signalant, le trahit également.

À l’origine du projet, une question de recherche a été énoncée : quel statut sémiotique accorder aux scènes d’énonciation du fantasme qui, se situant, comme le suggère Catherine Clément, « à la limite du discours produit et de sa production1 », ramènent au premier plan de la pensée l’activité fabulatrice de l’être humain? Comment analyser les composantes du fantasme – images, lieux, acteurs, objets –, les scènes ou les tableaux si particuliers qu’ils forment ; leur compétence, leurs ramifications et les lois de leur organisation (leur syntaxe) ; ce qu’elles conjoignent et communiquent, mais aussi bien ce qu’elles voilent? Car si, comme l’écrit Jacques Lacan, pour le sujet, « le réel est ce qui supporte le fantasme, le fantasme est ce qui protège le réel2 », comment penser dès lors le mouvement de voilement/dévoilement de la réalité psychique que suppose ce travail conjoint de l’imaginaire et de l’inconscient, dont l’étoffe essentielle est la représentation3? Il nous a semblé que le signe retrouvait dans ce clair-obscur le sens ancien que lui donnait Héraclite lorsque, décrivant la pythie rendant l’oracle à Delphes, il dit : elle ne parle pas ni ne se tait, mais fait signe4. Elle rend l’image sans en fournir le code. Le fantasme se présente comme une formation flottante, ayant ravalé sa source réelle, qui ne saurait se dire. Ainsi s’entend mieux cette belle formule de Michel Bousseyroux : « Le fantasme est un obturateur. Un obturateur dont le désir serait la chambre obscure. Mais quand il s’ouvre, c’est le feu qui y entre5. » Le feu du réel ; une stupeur.

Si l’on définit l’ego comme la représentation consciente qu’un sujet a de lui-même, le fantasme acquiert un double statut en ce qu’il nourrit cette représentation et la fait dérailler tandis qu’il la soumet à la contrainte pulsionnelle, qui ressortit davantage à l’instinct et à l’inconscient qu’au logos. Véritable « moteur de la réalité psychique6 », le fantasme s’interprète alors en vertu de significations sérielles où le rythme et la structure de la répétition deviennent les lieux d’où émerge le sens.

Dès 1892, c’est-à-dire à une époque contemporaine aux premiers travaux de Sigmund Freud à Vienne, sur le continent américain, un autre barbu, Charles Sanders Peirce, le père de la sémiotique moderne, formulait la métaphore de l’essence vitreuse de l’homme pour illustrer l’idée selon laquelle les individus humains ne sont jamais que le reflet des flux et des déterminations sociohistoriques, qui s’amalgament dans la psyché comme autant de fragments d’un miroir éclaté7. Quatre-vingts ans après, Catherine Clément file la même métaphore :

Le fantasme occupe, métaphoriquement, la place de la vitre : un écran qui rend possible le spectacle. Brisé, déchiré, ou intact, réfracté de multiples façons, il demeure le filtre nécessaire de toute vision, le cadre obligé de toute représentation. Aussi bien est-il la pierre angulaire de la méconnaissance8.

Méconnaissance de soi, peut-être, tout pétri d’idéologie et d’imaginaire qu’est le sujet ; mais il n’en demeure pas moins que si le fantasme se donne comme interprétant, il est en cela notre unique voie de médiation au réel, qui le pulse, et aux faits qui, de déplacements en associations, fournissent au fantasme son contenu iconique. L’image fantasmatique voudrait faire croire à son immédiateté, à son échappée de l’ordre symbolique, dont le médiat constitue la loi9. C’est le langage naturel, conventionné par ses usages, qui après coup donne son unité et son air de naturalité au fantasme – et cette unité est nécessaire au sujet dans son évolution quotidienne –, mais c’est lui aussi qui permet de décrire et de dénouer ces mêmes scènes d’énonciation du fantasme, lorsqu’elles se font envahissantes et forment des embâcles sur le cours normal des jours. En portant une attention particulière au signifiant, dans l’infrasymbolique saillent des traces par lesquelles peuvent être inférées les logiques organisatrices de l’imaginaire. L’interrogation sémiotique, dans la perspective psychanalytique, piste et tâche de restituer les linéaments du processus par lequel le sujet gagne son unité psychique et sa subjectivité fonctionnelle (ou devient « unaire », comme le dirait Kristeva10).

À l’instar du signe qui tient lieu pour quelque chose d’autre11, le fantasme, toujours, se fait le symptôme de l’aliénation du sujet à une structure – psychique, institutionnelle, politique. Ainsi a-t-on souhaité, à travers ce numéro, explorer les connexions possibles du fantasme à sa source vive qu’est l’imaginaire. À travers cette enquête, une interrogation sur le signe se fait jour, non comme point d’entrée, mais comme corollaire inévitable de la recherche.

De fait, cette introduction nous fournit l’occasion d’ouvrir quelques pistes théoriques pour penser frontalement le signe dans son rapport au fantasme. D’autres avant nous s’y sont essayés. Citons par exemple Michel Balat, qui a tenté de montrer l’influence de Peirce sur Lacan et de faire se correspondre les conceptions peircienne et lacanienne du signe, avec plus ou moins de succès12. Car comme l’écrit Waldir Beividas, il existe en effet

une grande zone d’incompatibilité et de frictions entre la sémiotique (construite sur le métalangage) et la psychanalyse de J. Lacan (érigée par la force charismatique de son style, et dont les pressions contextuelles de l’époque ont tout simplement conduit ses disciples à ne lire S. Freud que sous l’angle lacanien)13.

Cela dit, la volonté de rapprochement demeure légitime, sachant, comme nous le rappelle Dominique Bourdin, que Lacan cite onze fois Peirce dans son séminaire, entre 1960 et 197714. Plus récemment, Birgit Nordtug a cherché à interpréter la subjectivité humaine, telle qu’on peut la concevoir après Lacan, à la lumière du concept de sémiose illimitée de Peirce15.

Pour notre part, sans rien enlever à ces entreprises de mises en correspondance, de retraçage d’influences et d’attention aux résonances plus ou moins éloignées, il nous est apparu plus propice de nous inspirer, à juste distance, des écrits psychanalytiques pour pister le sens sur la voie du fantasme. Ou plutôt, de tâcher de cerner la place du fantasme dans la machine à image du sujet, par lequel celui-ci se représente16. Nous avons suivi en cela l’injonction de Julia Kristeva, à qui il est rapidement apparu impératif « de sortir de l’enclos langagier pour saisir ce qui opère dans un temps génétique préalable à la constitution de la fonction symbolique17 ».

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Le signe est-il un nœud d’appréhension phénoménologique ou psychologique du monde? À ne pas se cantonner au modèle formel de la linguistique saussurienne, dans la relation que noue le signe entre manifestation phénoménale et signification mentale, inévitablement pointe le sujet, avec sa psyché et son corps, comme opérateur situé de cette relation. À la fois interprète en puissance face au monde et animal pétri d’habitudes interprétatives (réfléchies ou non), le sujet a-t-il sa place dans le schéma même du signe, ou bien est-il extérieur au signe, le saisissant comme il se saisirait d’un outil ou d’une image, radicalement extérieurs à lui?

L’ambiguïté du statut de l’image, dans la proposition qui précède, nous oblige à y repenser à deux fois. Il nous apparaît clair, en effet, que le sujet humain participe du signe par lequel il se situe et agit dans le monde. Ni extérieur au sens ni simple courroie de transmission de celui-ci, il est un nœud dans l’immense procès de la sémiose. Car le sujet ne se définit pas uniquement par sa place dans la production ni par la reproduction qu’il réalise (d’un code génétique, d’un schéma familial, d’une position sociologique), non ; d’un point de vue sémiotique, l’être humain – sujet corporel et parlant en face de l’Autre – apparaît défini par son expérience signifiante au monde, tel qu’on le trouve en interaction avec les diverses formes langagières qui le travaillent et qu’il reconduit. Cette polyphonie ambiante qui fait son bain, et la légitimité institutionnelle accordée à la langue assertive, forment l’armature de l’ordre symbolique avec lequel le sujet doit composer.

Sous l’apparente cohérence des échanges du quotidien, qui semblent garantir le succès de l’intersubjectivité et du commerce, le pulsionnel apparaît comme une source noire et monologique, comme un flux clandestin dont le sens réalisé par le corps tiendrait à un rythme particulier, ou à une différence rythmique sourde, mais dont la raison harmonique ou disharmonique dans la musique subjective nous demeurerait étrangère pour l’essentiel.

Cette configuration laisse entrevoir la division irrémédiable du sujet, et à partir d’elle un schéma de signification qui fait de lui un signe en soi. Pour partie phénomène (le pulsionnel) et pour partie image psychique réfléchie (le moi), la zone de nouement existant entre ces deux termes, largement immergée dans l’inconscient, correspondrait à la chaîne de signifiance qui opérationnalise la vie psychique. Cette relation à la fois creuse et comble un fossé sur lequel, tel un équilibriste, le sujet s’articule.

Le signe ainsi interrogé retrouve certaines des caractéristiques premières qui lui ont été attribuées historiquement dans l’investigation médicale du symptôme comme indice sûr d’un phénomène intérieur au corps, donc inobservable et pour cette raison même incertain. La vie psychique du sujet pensée comme l’expression conventionnée d’un flux sémiotique brut et partiellement recelé, à la source du moi, rend tangible l’idée peircienne de l’« homme-signe18 », dont la structure ternaire et dynamique assure la viabilité sémiosique. Entre la trace physique et l’image objectale, la saisie interprétative (qui relève du mental ou de l’esprit, dirait Peirce) de cette relation assure leur liaison cohésive de même qu’elle autorise des déplacements, des glissements et des élaborations digressives ; autant de fuites auxquelles s’accroche l’imaginaire fantasmatique qui fait le lit de la vie sociale dans toute la complexité qu’on lui connaît19. Incomplet face à l’Autre, en demande et sujet à son désir (au désir de l’Autre auquel il voudrait répondre), le sujet humain n’apparaît jamais si bien comme signe que lorsqu’on le considère du point de vue de cette division fondamentale qui le signe. Totalement dialogique, son identité passe par autrui autant que par l’Autre radical qui subsiste en lui, qui est cette part d’étrangeté qui l’agit et qui lui échappe, et sur laquelle surnage un flux d’images où parfois viennent se fixer certaines habitudes interprétatives qui seraient les corollaires d’une dynamique sémiosique plus générale visant à colmater un manque indéfini. Ce lieu de fixation correspond, disons-nous, au plan du fantasme20.

Le fantasme s’entend comme une expression (qui a sa forme et son fond) née au confluent, d’une part, d’un flux pulsionnel radicalement étranger à la conscience subjective et, de l’autre, d’une récupération (souvent tordue) après coup d’éléments issus de l’expérience vécue ou tirés de choses entendues (Erlebtes und Gehörtes, dit Freud21), qui fournissent sa matière à l’écran où se projette la scène du fantasme. C’est à partir du fantasme défini comme tel que l’on aimerait remonter la chaîne sémiosique du sujet-signe, pétri qu’il est d’un imaginaire fantasmatique capable de calfeutrer la béance de son clivage intrinsèque22, pour en interroger les termes et l’opérationnalité, la direction, la production et, peut-être, la part de liberté qui y entre.

Si celle-ci existe bien, c’est dans la singularité énonciative qu’elle est à trouver, croyons-nous, car l’être de parole qu’est le sujet humain, suggère la psychanalyse (c’est là l’essentiel de son enseignement d’ailleurs), est traversé d’un flux signifiant – qui véritablement correspond au flux du signifiant – qui à la fois « barre23 » le sujet, c’est-à-dire qu’il déplace incessamment son être dans la parole, et le trahit24, car la parole, comme mise en acte de la langue, excède la conscience du sujet et, de ce fait, peut signaler à son insu. Signaler quoi? Un positionnement dans le langage, une articulation sur la scène imaginaire du fantasme qui autorise une conjecture sur le pulsionnel. La matière de l’interprétation n’est jamais le fait de langage seul, mais l’énonciation saisie dans sa fonction même vis-à-vis de la langue conçue comme phénomène intersubjectif et liant social. Et cette fonction n’est jamais simplement de communiquer ; elle se double, toujours, d’une fonction expressive brute qui permet au sujet d’exister socialement (ex-sistere : se manifester, se montrer, mais aussi se stabiliser hors soi). Ainsi l’attention portée au signifiant dans l’énonciation, qui fait la méthode psychanalytique, vise-t-elle à aménager une prise sur « le parlêtre pulsionnel25 » qui transpire de la parole sujet.

*

Entre la naissance de la fantaisie et la finalité du fantasme prennent place quantité de phénomènes auxquels s’attarder nous a semblé prometteur. L’objectif de ce huitième numéro du Cygne noir aura été, dès sa conception, d’inviter à explorer et à nouer des relations productives entre la pensée sur le sujet (et sa complexité psychique) et la pensée sur le signe (et sa complexité communicationnelle). Grâce aux riches contributions des autrices et auteurs ici rassemblées, nous souhaitons mettre en lumière, par l’étude d’œuvres d’art ou de formes médiatiques, des scènes d’énonciation fantasmatiques qui, se situant sur une crête conductrice et productive, mettent en lumière l’importance et la puissance de la fabulation au cœur de l’activité humaine, de même que la particularité de certains usages de la langue, cette matière sensible à partir de laquelle seule apprivoiser le monde et s’apprivoiser soi-même semble possible.

L’article de Louis Rouquayrol, « L’“idiorrythmie” selon Roland Barthes : entre éthique et fantasme26 », se pose comme représentant idéal de cette frontière théorique du fantasme. Il cherche à analyser si, chez Roland Barthes, le syntagme « idiorrythmie » se réclame d’une matérialité et d’une ampleur sémantique assez grandes pour supporter le fantasme d’une communication humaine qui en arriverait à contourner l’empire des signes. Si la question, évidemment, reste en suspens, les propos de Rouquayrol, quant à eux, nous rappellent au caractère irréductiblement singulier du rythme de chaque parole et à une certaine idée de trahison dès lors qu’il y a unisson, nous ramenant ainsi, à travers cette méditation sur l’idiorrythmie, au paradoxe entre la fonction fondatrice du fantasme – activité de production symbolique structurante de la psyché de tous et chacun – et son caractère profondément incommunicable, impartageable. Le cours de 1976-1977 de Barthes au Collège de France trouve ici un interprète attentionné. Depuis l’étude d’un signifiant autonyme27, Rouquayrol déploie en effet tout un ensemble de questions à travers lesquelles, entre éthique et utopie, le fantasme barthésien d’un « vivre ensemble » harmonieux est analysé.

Dans son article « La formule du fantasme : image signe et perversion d’après Yukio Mishima28 », Alexis Lussier ouvre une avenue de pensée fort riche, alors qu’il expose l’articulation entre la formule du fantasme, telle que conceptualisée par Freud dans son célèbre texte « Un enfant est battu », et la déliaison littéraire qu’en offre l’œuvre autobiographique Confession d’un masque de l’écrivain japonais Yukio Mishima. Le fantasme, nous dit Lussier, n’a de réalité tangible que sur le plan de la parole et du discours, venus offrir une scène d’apparition – « tronquée, incomplète, elliptique » – à « l’enchaînement confus d’images télescopées » caractéristiques du fantasme tel qu’il apparaît en imagination29. « Peut-être parce qu’il y a loin entre le fantasme et son expression, entre l’efflorescence des images entrechoquées et leur incarnation30 », le parcours de pensée de Lussier nous amène à concevoir l’organisation imaginaire du fantasme non comme un récit, mais plutôt comme un terreau d’où peuvent s’élever nombre de potentialités énonciatives et scripturales dont le déploiement et l’irrésolution permettent d’éviter le « noyau fatal de la jouissance31 ».

Avec « Au-delà du signifiant imaginaire : repenser l’inscription du fantasme au cinéma32 », Louis-Paul Willis revitalise les liens unissant la théorie du cinéma à la psychanalyse en établissant enfin des chemins de traverse entre les écoles françaises et anglo-saxonnes. En se proposant de relire les fondements de l’ouvrage Le signifiant imaginaire de Christian Metz à l’aune du Séminaire XI de Lacan (Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse), où est introduite la notion de regard comme objet a – situant « le regard non pas dans l’acte de regarder […], mais dans le fait d’être d’ores et déjà regardé33 » –, Willis vient remettre en question la définition du spectateur tout-percevant, au regard surplombant, pour plutôt caractériser celui-ci comme « déterminé par un manque34 ». Cette légère correction ouvre une voie d’interrogation productive à l’égard du signifiant cinématographique : en passant du registre de la vision à celui de l’objet a de la pulsion scopique, le regard ne se fait plus le lieu d’où contempler le fantasme, mais plutôt la première composante de ce dernier. On y voit une confirmation du célèbre adage de Georges Didi-Huberman selon lequel ce que l’on voit nous regarde.

Au regard et à la direction qui peut être donnée à celui-ci par l’organisation textuelle, c’est bien à cela que s’attarde Simon Levesque dans « L’économie sémiotique du fantasme et le signe unique dans l’œuvre littéraire de Pierre Klossowski35 ». L’auteur interroge les propriétés de ce que Klossowski appelle le « signe unique », incarné dans son œuvre par la figure de Roberte. Admirée, contemplée telle la déesse Diane au bain, celle-ci ramène au premier plan de la pensée le fantasme de la femme unique, archétypale et interdite. Par ce signe unique, Klossowski voudrait saisir une fois pour toutes « le fantasme dont Roberte est le nom36 ». À travers une réflexion sur l’organisation en tableaux littéraires de la pornographie et de l’érotisme klossowskiens, Levesque, à la suite de Gilles Deleuze, nous rappelle au fantasme en tant qu’événement, où se retrace, « feuillet[ée, …] l’inscription du sujet37 ». On connaissait déjà bien les penchants théologiques de Klossowski. Avec la parution en 2018 de feuillets inédits de l’écrivain sur le signe unique, fortement influencés par les dernières réflexions nietzschéennes sur le pulsionnel, la dimension sémiotique de l’œuvre littéraire klossowskienne se donne à voir sous un jour nouveau. Levesque suit les réflexions originales de Klossowski pour tâcher de comprendre ce qui, du Bain de Diane à La monnaie vivante en passant par la trilogie des Lois de l’hospitalité, constitue, dans la transversalité de la sérialité et des variations qui y prennent place, le motif récurrent qui se creuse ; soit le signe unique qui, soutenant théoriquement l’ensemble de l’œuvre, son économie, en assure également la continuité sémiotique.

Enfin, c’est à un renversement de la notion de fantasme auquel nous convie Laurence Pelletier dans « “Language was being” : à rebours du fantasme de l’être chez Kathy Acker38 ». En s’appuyant notamment sur les écrits de Catherine Malabou, de Luce Irigaray, de Judith Butler et de Julia Kristeva, Pelletier cherche à poser les bases d’une possible ontologie du sujet féminin qui ne serait pas liée « au déni de son manque », tel que le propose la théorie psychanalytique – dont on sait qu’elle fait du « phallus le signifiant privilégié de la différence sexuelle39 », ce qui a pour conséquence de définir l’être féminin comme irrémédiablement manquant. Sa lecture du roman My Mother: Demonology de l’écrivaine étatsunienne Kathy Acker permet à Pelletier de remettre en question les tropes des traditions philosophique et psychanalytique. Ce faisant, elle nous montre que l’être féminin s’exprime là au cœur d’une « désorganisation symbolique » – brouillage pronominal et indétermination nominale mêlés – où prime davantage « la littérarité de la langue et son pouvoir sensoriel, sensuel, physique, corporel40 » que toute prétention au logos et à la nomination claire et sans équivoque. La force de cet article tient incontestablement au renversement analytique opéré par la lecture littéraire que propose l’autrice, qui donne à l’idée kristévienne de révolution du langage poétique un souffle nouveau, fortement imprégné des luttes féministes de notre siècle.

Chacun des articles qui composent ce numéro contribue à renouveler les liens, possibles ou avérés, entre deux domaines de pensée trop souvent désunis. La volonté exploratoire du Cygne noir trouve ici une nouvelle expression, qui se double cette fois encore d’une volonté de mise à jour de la pensée sémiotique. Entre la sémiotique et la psychanalyse, il n’est pas sûr que la suture prenne mieux en 2020 qu’au siècle dernier, mais nous croyons qu’une recherche qui s’effectue en marge des courants dominants peut aussi bien influencer le centre par la bande, dans la durée. Du moins, c’est une passe qu’on veut bien s’imaginer réaliser.

  • 1. C. B. CLÉMENT, « De la méconnaissance. Fantasme, texte, scène », Langages, no 31, 1973, p. 37.
  • 2. J. LACAN, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1973, p. 41.
  • 3. C. CASTORIADIS, L’institution imaginaire de la société, Paris, Seuil, coll. « Points essais », 1975, p. 400 sqq.
  • 4. « Οὔτε λέγει οὔτε κρύπτει ἀλλὰ σημαίνει », fragment 93 cité par Plutarque, De Pythiæ oraculis, 21, 404D. Julia Kristeva discute de cette formule, telle que traduite par Émile Benveniste (« La langue ne dit ni ne cache, elle signifie ») dans un texte récent. Voir J. KRISTEVA, « La linguistique, l’universel, et “le pauvre linguiste” », dans I. Fenoglio (dir.), Autour d’Émile Benveniste. Sur l’écriture, Paris, Seuil, coll. « Fiction & Cie », 2016, p. 97‑152.
  • 5. M. BOUSSEYROUX, « Réalité, fantasme et réel », ERES, no 9, 2007, p. 148.
  • 6. J. LACAN, Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 358.
  • 7. C. S. PEIRCE, « Man’s Glassy Essence », The Monist, vol. 3, no 1, 1892, p. 1‑22.
  • 8. C. B. CLÉMENT, « De la méconnaissance. Fantasme, texte, scène », loc. cit., p. 37.
  • 9. J. LECTHE, « Julia Kristeva and the Trajectory of the Image », dans K. Oliver & S. K. Keltner (dir.), Psychoanalysis, Aesthetics, and Politics in the Work of Kristeva, Albany (NY), SUNY Press, 2009, p. 79‑95.
  • 10. J. KRISTEVA, « Le sujet en procès » (1973), reproduit dans Polylogue, Paris, Seuil, coll. « Tel Quel », 1977, p. 55‑106 ; voir aussi J. KRISTEVA, « Le sujet et l’hétérogène. À propos du “statut du sujet” », DRLAV. Documentation et Recherche en Linguistique Allemande Vincennes, no 30, 1984, p. 1‑25.
  • 11. « Un signe est quelque chose tenant lieu de quelque autre chose pour quelqu’un, sous quelque rapport ou à quelque titre. » C. S. PEIRCE, Écrits sur le signe, éd. et trad. de l’anglais (États-Unis) par G. Deledalle, Paris, Seuil, 1978, p. 215.
  • 12. M. BALAT, Des fondements sémiotiques de la psychanalyse. Peirce et Freud après Lacan, préface de G. Deledalle, Paris, L’Harmattan, coll. « L’ouverture philosophique », 2000.
  • 13. W. BEIVIDAS, « Sémiotique et psychanalyse : l’univers thymique comme enjeu », Langages, no 213, 2019, p. 56. Parlant d’une « forclusion » du domaine des études lacaniennes et du champ de la psychanalyse, l’auteur précise : « le champ psychanalytique post-lacanien (sous le transfert si excessif avec J. Lacan) accepte difficilement de petits ajustements ou des modifications de sa théorie, comme si tout s’écroulait et que plus rien ne saurait alors être déclaré comme participant de la psychanalyse lacanienne. » (p. 60.)
  • 14. D. BOURDIN, « Logique, sémiotique, pragmatisme et métaphysique. Note sur la pensée de Charles Sanders Peirce », Revue française de psychanalyse, vol. 69, no 3, 2005, p. 733‑747.
  • 15. B. NORDTUG, « Subjectivity as an Unlimited Semiosis: Lacan and Peirce », Studies in Philosophy and Education, no 23, 2004, p. 87‑102.
  • 16. « Le fantasme est sans doute la notion psychanalytique qui fait le joint entre le sujet et la représentation. » C. B. CLÉMENT, « De la méconnaissance. Fantasme, texte, scène », loc. cit., p. 45.
  • 17. J. KRISTEVA, Polylogue, Paris, Seuil, coll. « Tel Quel », 1977, p. 66.
  • 18. C. S. PEIRCE, The Collected Papers of Charles Sanders Peirce, C. Hartshorne & P. Weiss (dir.), vols 1‑6, Cambridge (MA), Harvard University Press, 1931-1935 ; A. W. Burks (dir.), vols 7‑8, même éditeur, 1958, § 5.313‑5.314. Voir aussi : A. W. BURKS, « Man: Sign of Algorithm? A Rhetorical Analysis of Peirce’s Semiotics », Transactions of the Charles S. Peirce Society, vol. 16, no 4, 1980, p. 279‑292 ; V. M. COLAPIETRO, Peirce’s Approach to the Self: A Semiotic Perspective on Human Subjectivity, Albany (NY), SUNY Press, 1988 ; A. BAILEY, « “Man Himself is a Sign”: Emerson, C.S. Peirce, and the Semiosis of Mind », ESQ, A Journal of Nineteenth-Century American Literature and Culture, vol. 64, no 4, 2018, p. 680‑714 ; A. DE TIENNE, « Le signe en personne chez Peirce, avec échos wittgensteiniens », Recherches sémiotiques, vol. 32, no 1-2-3, 2012, p. 203‑223 ; C. TIERCELIN, La pensée-signe. Études sur C. S. Peirce, nouv. éd., Paris, Collège de France, 2013. En ligne : <http://books.openedition.org/cdf/2209/>.
  • 19. « Tous les matériaux sont naturellement réels. Ils représentent des constructions protectrices, des sublimations, des enjolivements de faits servant, en même temps, de justification. » S. FREUD, « Manuscrit L : architecture de l’hystérie, 2 mai 1897 », Lettres à Wilhelm Fließ, 1887-1904, éd. J. Moussaieff Masson et al., trad. de l’allemand par F. Kahn & F. Robert, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Bibliothèque de psychanalyse », 2015, p. 173.
  • 20. « Ce serait une erreur, écrit Peirce, de concevoir les aspects psychique et physique de la matière comme deux aspects absolument distincts. Observant une chose de l’extérieur, considérant ses rapports d’action et de réaction avec d’autres choses, elle apparaît comme matière. Observant une chose de l’intérieur, regardant ses caractères immédiats comme des sentiments, elle apparaît comme conscience. Ces deux vues se combinent lorsque nous nous souvenons que les lois mécaniques ne sont rien sinon que des habitudes acquises, comme le sont toutes les régularités de l’esprit, incluant la tendance à prendre des habitudes elle-même ; et que cette action de l’habitude n’est rien d’autre qu’une généralisation, et que la généralisation n’est rien d’autre que la diffusion de sentiments. » C. S. PEIRCE, « Man’s Glassy Essence », The Monist, vol. 3, no 1, 1892, p. 20 (nous traduisons).
  • 21. S. FREUD, « Manuscrit L : architecture de l’hystérie, 2 mai 1897 », loc. cit. ; cité et commenté dans M. BOUSSEYROUX, « Réalité, fantasme et réel », loc. cit., p. 140. Voir aussi C. LANDMAN, « Le nœud du fantasme », ERES, no 6, 2010, p. 27‑28.
  • 22. « Le fantasme, comme mise en scène du sujet, correspond à cette activité de colmatage d’une brèche pensée comme un événement alors qu’elle est une structure, une béance irréductible. » C. B. CLÉMENT, « De la méconnaissance. Fantasme, texte, scène », loc. cit., p. 51‑52.
  • 23. L’expression est de Lacan qui, reprenant le schéma de Saussure, met l’accent sur la barre qui sépare le signifiant du signifié. Voir chap. 1 dans M. BALAT, Des fondements sémiotiques de la psychanalyse, op. cit. Waldir Beividas précise : « la barre du “non-sens” [du] signifiant [lacanien] ne devait pas être comprise comme “sans signification” mais comme “la face de refus qu’offre le sens du côté du signifié”. » W. BEIVIDAS, « Sémiotique et psychanalyse », loc. cit., p. 59 ; Beividas cite J. LACAN, Problèmes cruciaux pour la psychanalyse. Séminaire 1964-1965, s. l., L’Association freudienne internationale, 2000.
  • 24. Par trahir, on entend ici : ne pas répondre à une attente, faire défaut, desservir, cesser d’être fidèle, mais aussi, ce faisant, « [l]aisser apparaître ; être le signe, l’indice de quelque chose » et donc se trahir : « être révélé, se manifester ». CNRTL, « Trahir ». En ligne : <www.cnrtl.fr/definition/trahir>.
  • 25. F. PERALDI, « L’écoute du signifiant en psychanalyse et en psychothérapie psychanalytique », Psychothérapie psychanalytique, psychanalyse, Montréal, Méridien, 1988, p. 141.
  • 26. L. ROUQUAYROL, « L’“idiorrythmie” selon Roland Barthes : entre éthique et fantasme », Cygne noir, no 8, 2020. En ligne : <http://www.revuecygnenoir.org/numero/article/rouquayrol-idiorrythmie-barthes>.
  • 27. Sur l’autonymie, voir M. ARRIVÉ, « Freud, le métalangage et l’autonymie », Le linguiste et l’inconscient, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Formes sémiotiques », 2008, p. 69‑88.
  • 28. A. LUSSIER, « La formule du fantasme : image signe et perversion d’après Yukio Mishima », Cygne noir, no 8, 2020. En ligne : <http://www.revuecygnenoir.org/numero/article/lussier-fantasme-mishima>.
  • 29. Idem.
  • 30. Idem.
  • 31. Idem.
  • 32. L.-P. WILLIS, « Au-delà du signifiant imaginaire : repenser l’inscription du fantasme au cinéma », Cygne noir, no 8, 2020. En ligne : <http://www.revuecygnenoir.org/numero/article/willis-fantasme-cinema>.
  • 33. Idem.
  • 34. Idem.
  • 35. S. LEVESQUE, « L’économie sémiotique du fantasme et le signe unique dans l’œuvre littéraire de Pierre Klossowski », Cygne noir, no 8, 2020. En ligne : <http://www.revuecygnenoir.org/numero/article/levesque-signe-unique-klossowski>.
  • 36. Idem.
  • 37. Idem.
  • 38. L. PELLETIER, « “Language was being” : à rebours du fantasme de l’être chez Kathy Acker », Cygne noir, no 8, 2020. En ligne : <http://www.revuecygnenoir.org/numero/article/pelletier-fantasme-acker>.
  • 39. Idem.
  • 40. Idem.
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Pour citer cet article 

LEVESQUE, Simon & Laurance OUELLET TREMBLAY, « Le sujet-signe et la trahison du fantasme. Introduction au 8e numéro du Cygne noir », Cygne noir, no 8, 2020. En ligne : <http://www.revuecygnenoir.org/numero/article/introduction-cn8> (consulté le xx/xx/xxxx).

À propos de l'auteur·e 

Simon Levesque est docteur en études sémiotiques et chargé de cours en études littéraires à l'Université du Québec à Montréal. En savoir plus sur Simon Levesque. Laurance Ouellet Tremblay est professeure de création littéraire à l'Université McGill. En savoir plus sur Laurance Ouellet Tremblay.