La sémiosphère de la mémoire individuelle : un modèle sémiotique et intermédial

Auteur·e 
Emmanuelle CACCAMO
Résumé 

Alors que la sémiotique pourrait être considérée comme « une science de la mémoire », peu de modèles sémiotiques de la mémoire ont été jusqu’ici formalisés. En regard de la rareté des travaux sémiotiques portant sur la mémoire individuelle, cet article en propose une modélisation heuristique tridimensionnelle. S’inscrivant dans les études sur la mémoire (memory studies), ce modèle convoque en particulier la sémiotique de la culture de Juri Lotman, s’accorde aux principes de la sémiotique peircienne et repose sur une fine compréhension études intermédiales. Les trois dimensions constitutives de la mémoire individuelle identifiées sont les dimensions personnelle, interpersonnelle et intermédiale. Des considérations approfondies seront fournies en ce qui concerne la dimension intermédiale de la mémoire individuelle, car elle constitue une avancée pour le domaine des études sémiotiques sur la mémoire en même temps qu’une partie de l’originalité de cet article. Le modèle développé tâche de décrire l’opération relationnelle des trois dimensions de la mémoire individuelle identifiées en fournissant un cas d’étude, l’ouverture des archives de la Stasi au début des années 1990, en plus d’un certain nombre d’exemples qui permettent d’en illustrer certaines particularités.

 

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Texte intégral 

D’après le sémioticien Paul Bouissac, les études sémiotiques s’avèrent peu préoccupées par la mémoire et encore moins par le souci de fournir des modèles permettant de la comprendre1. Alors que la sémiotique pourrait être considérée comme « une science de la mémoire2 », peu de modèles sémiotiques de la mémoire ont été jusqu’ici formalisés. Certes, la mémoire culturelle a fait l’objet d’un certain nombre de recherches, toutes disciplines des sciences humaines et sociales confondues. En revanche, les travaux sur la mémoire individuelle nécessitent d’être approfondis. En regard de la rareté des modèles sémiotiques de la mémoire individuelle, cet article propose un tel modèle heuristique et en évalue la pertinence. S’inscrivant dans les études sur la mémoire (memory studies), il convoque en particulier la sémiotique lotmanienne, la sémiotique peircienne et les études intermédiales. Je commencerai par présenter les travaux des rares sémioticien·ne·s de la culture qui ont parlé de la mémoire pour ensuite décrire mon modèle à la lumière d’un cas d’étude particulier : l’ouverture des archives de la Stasi.

 

1. Principaux travaux sur la mémoire en sémiotique de la culture

Juri Lotman, Roland Posner et Astrid Erll font figures d’exception à l’égard de la compréhension sémiotique de la mémoire3. Lotman est l’un des rares sémioticiens à avoir placé de façon explicite la mémoire au centre de ses recherches sur la culture. Dans les années 1970, le chercheur russo-estonien et son collègue Boris Uspensky mettent en lumière la fonction mnémonique de la culture : la culture est « la mémoire non héréditaire de la communauté, une mémoire qui s’exprime elle-même dans un système de contraintes et de prescriptions4 ». Le concept de sémiosphère est intrinsèquement lié à la compréhension de la mémoire qu’a développée Lotman : « La sémiosphère, écrit-il, a une profondeur diachronique, puisqu’elle est composée en vertu d’un système de mémoire complexe sans lequel elle ne peut pas fonctionner5. »

Inspiré par les travaux de Lotman, Roland Posner a proposé un modèle explicatif plus détaillé, au carrefour de l’anthropologie, de l’archéologie et de la sémiotique de la culture, en mettant l’accent sur la matérialité de la culture et donc de la mémoire6. Posner conçoit une culture comme un système de signes complexe reposant sur l’interaction de trois éléments : 1) une composante sociale renvoyant aux utilisateurs et utilisatrices de signes (sign users) réparti·e·s en différents groupes poreux et plus ou moins larges (individus, institutions, sociétés) ; 2) une composante matérielle comprenant les « textes »7 produits par le biais de différents médias, qu’il s’agisse d’artéfacts divers tels que des livres ou des monuments, à l’exemple des Pyramides ; et enfin 3) une composante « mentale » formée des codes conventionnels en partage8. Et, comme chez Lotman, la mémoire tient un rôle fondamental, puisque la culture consiste en une mémoire collective. Autrement dit, pour Posner, la culture est à la société ce que la mémoire est à l’individu9.

Les travaux de Posner ont été par la suite commentés par Astrid Erll. Dans son essai intitulé Memory in Culture, la chercheuse allemande propose un modèle sémiotique de la mémoire culturelle permettant de réinterpréter les trois éléments constitutifs d’une culture précédemment mis en évidence par Posner10. Suivant le schéma heuristique d’Erll, la mémoire culturelle comporte une dimension matérielle, une dimension sociale et une dimension mentale. La première dimension comprend les artéfacts mnémoniques, les médias et les technologies de mémoire à l’exemple des livres, des films, des photographies et des bâtiments architecturaux. La dimension sociale renvoie aux « pratiques » de mémoire et à ceux et celles qui portent la mémoire. Erll considère les rituels commémoratifs ainsi que les personnes et institutions (chamanes, prêtres, églises, universités) engagées dans la production et l’entreposage du savoir culturel comme des « porteurs de mémoire ». Enfin la dimension « mentale » fait référence aux concepts et aux codes partagés qui informent et rendent possible la lecture des « textes » et, avec elle, la remémoration collective. Pour Erll, l’un des intérêts d’un tel schéma heuristique est de rassembler en un seul modèle ce qui, selon la tradition, s’étudie isolément. Dans les études sur la mémoire, chacune des trois dimensions est en effet traitée par des disciplines ou champs particuliers : par exemple, la sociologie s’occupe de la dimension sociale, les arts et les lettres, de la dimension matérielle, les sciences cognitives, de la dimension « mentale »11. Bien que la schématisation d’Erll puisse susciter le doute en raison son apparente simplicité, l’approche de la sémiotique culturelle développée par Posner dont la chercheuse s’inspire a le mérite de fournir une vue d’ensemble. L’on saisit d’autant plus l’importance de cette synthèse en regard de l’histoire des études sur la mémoire (memory studies). En effet, Joanne Garde-Hansen a identifié trois grandes périodes12 : les études sur la mémoire sont passées par une longue élaboration de concepts fondamentaux sur la mémoire, pour ensuite se constituer, en une deuxième période à partir des années 1990, comme un champ d’études à part entière. Une troisième période débute dans la première décennie du XXIe siècle et réfère à la prise en compte de la matérialité de la mémoire, notamment des relations entre la mémoire et les médias. En ce domaine, à la suite des travaux de José van Dijck, on parle de « mémoire médiée » (mediated memory)13. L’introduction de la dimension médiale et matérielle au sein des études contemporaines sur la mémoire constitue une étape relativement récente dans la compréhension du phénomène mémoriel. En fournissant un modèle ouvert fondé sur les bases de la sémiotique de la culture, Erll présente en quelque sorte une synthèse des travaux sur la mémoire, la sémiotique agissant comme liant épistémologique. La prise en compte de la dimension médiale de la mémoire est fondamentale pour le modèle sémiotique de la mémoire individuelle présenté dans cet article.

 

2. Vers un modèle sémiotique de la mémoire individuelle

La sémiotique culturelle, développée notamment par Lotman, Posner et Erll, s’est surtout concentrée sur la mémoire culturelle. Mais qu’en est-il de la mémoire individuelle, c’est-à-dire non pas de la mémoire d’un peuple ou, comme l’écrit Posner, d’une civilisation, mais d’une personne dans sa singularité, du point de son expérience subjective? Quel modèle sémiotique permettrait d’en rendre compte? Cet article vise à présenter un modèle heuristique pour penser la mémoire individuelle en prenant appui sur les théories de Lotman, et plus particulièrement sur la conceptualisation de la sémiosphère de ce dernier. Le modèle développé dans cet article appréhende la mémoire individuelle comme un système sémiotique fondé sur trois grandes dimensions (fig. 1), à savoir : 1) une dimension personnelle, 2) une dimension interpersonnelle et 3) une dimension intermédiale. La dimension personnelle est le lieu du sujet, elle interagit avec deux autres dimensions : une dimension sociale (ou interpersonnelle), qui renvoie à la confrontation des mémoires individuelles entre elles, mais aussi à la confrontation de la mémoire personnelle aux mémoires dites collectives, et une dimension intermédiale, qui renvoie au réseau de techniques, d’objets relais, supports et intermédiaires matériels de la mémoire qui participent à la médiation de la mémoire humaine.

 

Figure 1. Modèle diagrammatique simplifié de la mémoire individuelle.

 

Puisque cet article se penche sur la mémoire individuelle, il me faut préciser que je délaisserai le terme de « texte » propre à la sémiotique de la culture au bénéfice des concepts de signes et de systèmes de signes tels que définis par Charles S. Peirce.

Afin de mieux comprendre le modèle que je m’apprête à déployer, et avant de le présenter, partons d’un cas précis : l’ouverture des archives de la Stasi en janvier 1992 et l’incidence d’un accès à ces archives sur les souvenirs des individus. Rappelons que de 1950 à 1989, suivant l’idée que « chaque citoyen est un risque potentiel pour la sécurité de l’État14 », le Ministère de la Sécurité de la RDA (Stasi) a employé – ou a obligé à collaborer en exerçant du chantage –, pour une durée variable, environ trois à quatre millions d’Allemands et d’Allemandes à titre d’« informateurs/trices » ou d’espion·ne·s. Les méthodes de surveillance allaient des écoutes téléphoniques aux contrôles postaux en passant par les filatures et la surveillance audiovisuelle, des caméras et des microphones étant directement installés dans les lieux de vie et de travail des individus surveillés. Selon leur statut, ces espion·ne·s avaient diverses tâches, dont celle de rédiger des rapports sur les activités quotidiennes des personnes surveillées15.

Ulrike Poppe, ancienne militante d’opposition en RDA, a eu accès aux archives qui la concernaient en 1992. Dans un témoignage publié dans la revue Genèses en 2003 et traduit en français par Agnès Bensussan, Poppe raconte sa stupeur face à cette découverte16. Classés en 39 dossiers, des centaines de documents (rapports écrits et photographies) portent sur elle et son mari, dont certains ont été rédigés par des informateurs qu’elle considérait comme des proches de confiance. Même si ces dossiers présentent des lacunes et des défauts d’interprétation, ils composent un vaste système de données et des registres dans lesquels les agents de la Stasi pouvaient puiser lorsqu’il s’agissait, par exemple, d’utiliser des informations sensibles en vue d’influencer ou de déstabiliser psychologiquement l’opposant (une « décomposition » ou « désintégration » dans le jargon du MfS). Certains documents appelés « Plans d’action », raconte Ulrike Poppe, signalent quels sont les domaines de la vie personnelle que la Stasi a cherché à influencer. Ces archives permettent de comprendre si des conflits, « des amitiés perdues, des échecs professionnels ou encore des périodes difficiles n’ont effectivement tenu qu’à soi-même ou bien si, au contraire, ces phénomènes furent liés à des stratégies poursuivies par le MfS17 ». Pour Poppe, la confrontation entre ces documents et sa mémoire individuelle lui fait réaliser à quel point la mémoire est sélective et à quel point nous avons généralement tendance à oublier des éléments incompatibles avec le récit de soi que l’on se forge nécessairement.

Gardons ce témoignage en tête afin d’expliquer la tridimensionnalité de la mémoire personnelle.

 

2.1 Dimension personnelle

La dimension personnelle de la mémoire individuelle, telle que je l’entrevois, est un système sémiotique qui comporte les propriétés de la sémiosphère décrites par Lotman dans La sémiosphère18 (fig. 2). Trois caractéristiques propres à la sémiosphère retiennent mon attention : la division interne, l’espace frontalier où s’opèrent des échanges de signes et les mouvements en apparence contradictoires qui animent la sémiosphère.

 

Figure 2. Vue sur la dimension personnelle.

 

La première caractéristique applicable à la dimension personnelle de la mémoire individuelle renvoie au dédoublement de la sémiosphère. Comme cette dernière, la dimension personnelle est divisée en deux zones. D’une part, dans son espace interne, elle possède un centre où se situent les éléments sémiotiques dominants générant des normes. Les signes situés dans son centre correspondent à plusieurs types de contenus de mémoire ayant une influence et une valeur pour l’individu. Au centre, on trouve : 1) les souvenirs épisodiques, correspondant à la mémoire autobiographique des expériences passées de l’individu, généralement associées à des lieux et des dates (des souvenirs d’enfance, des événements vécus précis, etc.) ; 2) la mémoire sémantique, constituée de concepts et de connaissances individuelles relatives aux faits du monde (la définition de tel mot, une date historique) ; et enfin 3) la mémoire procédurale, renvoyant aux aptitudes cognitives et motrices de l’individu, aux procédures gestuelles et aux comportements appris et automatisés tels que la façon de marcher ou le fait de savoir jouer d’un instrument de musique19. Tous ces contenus de mémoire sont autant de signes qui guident le sujet dans ses actions et dans son autodescription, autrement dit dans son récit de soi.

D’autre part, la dimension personnelle de la mémoire individuelle possède une périphérie où se trouvent des signes rejetés par le centre ou en attente d’être intégrés par celui-ci. Ces signes réfèrent à des souvenirs, à des comportements procéduraux et langagiers, anciens ou nouveaux, qui sont à la fois potentiellement intégrables par le centre et exclus par le centre, c’est-à-dire oubliés. Cette dynamique met l’emphase sur le fait que l’oubli est une composante essentielle de la mémoire20.

Dans un deuxième temps, comme la sémiosphère, la dimension personnelle de la mémoire individuelle possède un espace frontalier où s’opèrent des échanges. La sémiosphère est en effet délimitée par une frontière « polyglotte »21 qui traduit, dans son propre langage, les langages sémiotiques et les signes des dimensions qui interagissent avec elle. La fonction de la frontière est ainsi de « contrôler, de filtrer et d’adapter ce qui est externe à ce qui est interne22 » et vice versa. Pour illustrer cette caractéristique en la transposant à la dimension personnelle, reprenons le cas des archives de la Stasi. Agnès Bensussan, politologue ayant traduit en français le témoignage d’Ulrike Poppe et ayant travaillé également sur plusieurs autres témoignages du même type, remarque la chose suivante :

[…] on observe, chez certaines personnes ayant fait l’objet de mesures de répression des services de sécurité est-allemands et ayant lu leurs dossiers personnels, une tendance à reconstruire les événements du passé à partir du contenu de leurs dossiers. Le processus se manifeste aussi, comme c’est parfois le cas [dans le témoignage d’Ulrike Poppe], au niveau de la langue : les personnes anciennement visées par la répression reprennent à leur compte la langue de l’institution qui fut chargée de les mettre au pas. Si ce phénomène rend l’exercice de traduction difficile, il donne aussi au texte d’U. Poppe un statut de « double document » : document sur ce que fut le travail de la Stasi en tant que tel, mais aussi document sur les usages que les victimes de cette dernière font, au présent, des documents qu’elle a légués23.

En d’autres termes, pour Ulrike Poppe, et pour les autres dans son cas, avoir accès à de telles données n’est pas sans conséquences ni sur la sémiose du souvenir, ni sur le langage employé pour qualifier le passé. Cet exemple montre à quel point l’institution de la Stasi conserve, même après la fin de ses activités, un certain pouvoir sur la mémoire des opprimé·e·s. Le langage des archives et les signes des événements du passé sont ainsi traduits dans la dimension personnelle de la mémoire individuelle.

Enfin, un troisième trait d’importance, celui du paradoxe entre instabilité et homogénéisation, se manifeste dans la dimension personnelle de la mémoire individuelle par un « bouillonnement » caractéristique : les éléments présents dans cette dimension sont reliés entre eux de manière dynamique dans des proportions en constant changement24. Cependant, du point de vue de l’expérience subjective, la dimension personnelle de la mémoire individuelle est paradoxalement homogène et unifiée.

Pour mieux comprendre cette caractéristique, un parallèle peut être dressé entre les théories de Lotman et celles de Paul Ricœur en ce qui concerne le paradoxe de l’homogénéité dans le changement. Lotman écrit que « [l]’étape d’autodescription est une réaction nécessaire à la menace d’une trop grande diversité à l’intérieur de la sémiosphère : le système pourrait perdre son unité et son identité, et se désintégrer25 ». Autrement dit, pour pallier une trop grande instabilité, une activité narrative est nécessaire : une sémiosphère « se raconte », s’autodécrit, fait état d’elle-même. Dans Soi-même comme un autre, Ricœur décrit l’individu comme possédant une identité personnelle fondée sur la mémoire, qui est structurée suivant deux régimes paradoxaux : la mêmeté et l’ipséité. Le premier régime d’identité correspond à l’idem, à l’« identité à travers le temps » qui persiste et reste la même. Même si une personne vieillit et qu’elle change, on observe une « continuité ininterrompue26 ». Tandis que le second régime, qui paraît être son exact opposé, renvoie à l’instabilité, au changement, à la variabilité de l’identité qui subit le temps, le poids et les accrocs des événements27. Afin de faire tenir ensemble ces deux régimes conflictuels, et pour en rendre compte, le sujet configure son identité par le récit28. Cette mise en intrigue lui permet d’intégrer les imprévus et les discordances dans l’unité de son récit. Ainsi, la dimension personnelle de la mémoire individuelle, avec son « identité narrative », est le lieu où le sujet se raconte, suture les hiatus et assigne un sens non conflictuel aux événements contradictoires. La théorie de Ricœur me semble correspondre à la notion d’intrigue chez Lotman, notamment lorsque celui-ci explique que

[l]’intrigue est un moyen puissant de donner un sens à la vie. […] L’essence de l’intrigue réside dans la sélection des événements qui constituent les unités discontinues de l’intrigue, puis dans l’opération consistant à leur donner une signification et un agencement temporel, causal, ou tout autre29.

La dimension personnelle de la mémoire individuelle comporte ainsi les mêmes caractéristiques que la sémiosphère de Lotman. De plus, elle interagit constamment avec les deux autres dimensions de la mémoire individuelle : la dimension interpersonnelle et la dimension intermédiale, que je vais maintenant décrire.

 

2.2. Dimension interpersonnelle ou sociale

La dimension interpersonnelle de la mémoire individuelle est structurée de la même façon que la dimension personnelle (fig. 3). Elle inclut les contenus de mémoire des groupes ou cercles qui peuvent infléchir la mémoire d’un individu, qui ont infléchi celle-ci par le passé ou qui pourrait éventuellement l’influencer, à savoir les contenus de mémoire des proches (famille, ami·e·s, collègues de travail par exemple) ainsi que les contenus de mémoire de l’ensemble des communautés culturelles d’appartenance (nationales, historiques, générationnelles, genrées, économiques, ethniques, politiques ou sexuelles, selon une logique intersectionnelle). Chacun de ces groupes, dans lesquels s’inscrivent des individus, des communautés et des institutions, créent de la mémoire, c’est-à-dire des contenus qui se trouvent en tension permanente à l’intérieur de la dimension sociale. Certains contenus de mémoire sont centraux dans cette dimension sociale, tandis que d’autres, oubliés ou potentiellement intégrables, se trouvent en périphérie.

 

Figure 3. Vue sur la dimension interpersonnelle.

 

La dimension interpersonnelle de la mémoire individuelle, dont le sociologue Maurice Halbwachs a révélé l’importance, a été largement traitée. Je m’étendrai peu sur le sujet, car il est en effet admis que la mémoire individuelle fonctionne selon un rapport intersubjectif, se façonnant au contact de la mémoire d’autres sujets. Les individus, à travers leurs interactions et dialogues avec d’autres individus, en étant en contact avec des représentations du passé, altèrent malgré eux et constamment leur propre mémoire. En somme, « pour se souvenir, on a besoin des autres30 ». Cet aphorisme, que l’on doit à Paul Ricœur, résume fort bien la thèse de Halbwachs, à qui l’on attribue généralement la formalisation du couple mémoire collective/mémoire individuelle31. Alors que l’on se croit généralement seul·e possesseur·e de ses propres souvenirs, Halbwachs énonce au contraire que la mémoire individuelle se constitue sur la base d’une dimension et d’une négociation collectives. Cette thèse sociologique affirme l’inscription de la mémoire et du souvenir dans le social. Dans La mémoire, l’histoire, l’oubli, Ricœur insiste sur un troisième terme, intermédiaire, entre l’individuel et le collectif, à savoir les « proches32 ». Il souligne ainsi l’importance, dans la construction des souvenirs épisodiques, des témoignages et des transmissions au sein des cercles familiaux et amicaux. Bien sûr, les autres contenus de mémoire (relatifs aux mémoires sémantique et procédurale) se négocient de façon intersubjective également : je négocie ma langue, mon vocabulaire ou encore mes gestes, par exemple ma manière de marcher, en regard des communautés, plus ou moins larges ou dominantes, auxquelles j’appartiens33. Ma singularité se coconstruit.

 

2.3 Dimension intermédiale

Cette troisième dimension de la mémoire individuelle, structurellement similaire aux deux autres et en constante interaction avec elles, correspond à un réseau d’objets matériels et de techniques mnésiques (fig. 4). Elle comprend notamment des médiums de mémoire qui participent au phénomène mémoriel. Ceux-là remplissent une ou plusieurs des trois fonctions mises en évidence par Astrid Erll : une fonction de stockage de l’information qui permet de rendre les contenus de mémoire disponibles à travers le temps, une fonction de circulation des contenus de mémoire à travers l’espace et une fonction de déclencheur mnésique (cue)34, ou, dans un sens plus sémiotique, une fonction indiciaire. Dans le cas de la Stasi, ces médiums prennent la forme de documents écrits, de photographies ou plus largement d’archives. La dimension intermédiale comprend également des techniques de mémoire. La technique d’archivage et de profilage bureaucratique de la Stasi, l’une des plus méticuleuses au monde, en constitue une bonne illustration.

 

Figure 4. Vue sur la dimension intermédiale.

 

La dimension intermédiale de la mémoire individuelle invite à se questionner sur la place du corps biologique dans la catégorie des « médiums de mémoire ». Si l’on s’appuie sur les travaux de Marcel Mauss, on peut considérer le corps organique à la fois comme le premier et le plus naturel des objets techniques dont use l’humain et comme un moyen technique35. En effet, selon Mauss, les actions de marcher, de manger, de dormir ou encore de se reproduire sexuellement diffèrent selon les sociétés. À cheval entre le biologique, le psychologique et le sociologique, ces manières de faire, que l’ethnologue appelle « techniques du corps », non seulement nécessitent des apprentissages, mais sont informées par les diverses cultures. Prenons l’exemple de la marche : les techniques, ou manières, varient culturellement par rapport à l’invariant qui permet d’identifier, à travers toutes ses formes, la catégorie de la marche. Mauss observe que ces « techniques du corps » sont acquises sous l’influence des systèmes éducatifs et de dressage, qu’elles changent selon l’âge et les genres (Mauss parle de sexes) ainsi que suivant la manière dont elles sont transmises36. « Le corps, propose-t-il, est le premier et le plus naturel instrument de l’homme. Ou plus exactement, sans parler d’instrument, le premier et le plus naturel objet technique, et en même temps moyen technique, de l’homme, c’est son corps37. » On remarque que l’emploi qu’il fait de la notion de « technique » est très large :

Nous avons fait, et j’ai fait pendant plusieurs années l’erreur fondamentale de ne considérer qu’il y a technique que quand il y a instrument. Il fallait revenir à des notions anciennes, aux données platoniciennes sur la technique, comme Platon parlait d’une technique de la musique et en particulier de la danse, et étendre cette notion. J’appelle technique un acte traditionnel efficace (et vous voyez qu’en ceci il n’est pas différent de l’acte magique, religieux, symbolique). Il faut qu’il soit traditionnel et efficace. Il n’y a pas de technique et pas de transmission, s’il n’y a pas de tradition. C’est en quoi l’homme se distingue avant tout des animaux : par la transmission de ses techniques et très probablement par leur transmission orale38.

La conceptualisation de Mauss fait émerger une ambivalence au sein de la notion de technique ; elle recouvre à la fois une dimension de l’agir transmissible de génération en génération dans une culture déterminée, et une dimension matérielle embrassant les instruments et les objets techniques. Selon cette approche, la mémoire humaine peut être envisagée à la lumière du concept de « techniques du corps », au sens où le premier médium de la mémoire individuelle est le corps biologique. L’action de marcher, pour reprendre cet exemple, relève en effet d’un savoir-faire transmis et conservé dans notre mémoire procédurale.

Si l’on se réfère à présent au cadre théorique des études intermédiales, on peut considérer la mémoire comme une « inscription sensible particulière », qui prend forme avec des matériaux et un ou des supports, au sein d’un « milieu » ou d’« une société donnée avec ses normes à un moment précis39 ». On dira donc que la mémoire humaine est intrinsèquement « médiumnique » parce que son opération nécessite minimalement un « médium », entendu au sens large du terme comme « ce qui sert de support, d’intermédiaire à quelque chose40 ». D’un point de vue sémiotique, la mémoire individuelle forme un ensemble de signes actuels ou potentiellement actualisables, ensemble qui s’inscrit dans un processus de sémiose et qui entretient des relations avec la matière, plus précisément avec des objets matériels qui peuvent servir de relais et de support aux contenus de mémoire, au rang desquels on compte le corps biologique, qui tient une place fondamentale dans le phénomène mémoriel humain. Pour le modèle présenté dans cet article, la mémoire individuelle repose sur une relation intermédiale au sens où les individus usent de leur corps, de différents objets matériels extracorporels et de techniques pour se souvenir.

 

2.4 Précisions concernant la dimension intermédiale

Les supports et les techniques mnésiques de la dimension intermédiale se répartissent dans ses zones centrale et périphérique. Certains se trouvent au centre de cette dimension et tiennent une place dominante dans la médialité de la mémoire individuelle, alors que d’autres médiums et techniques, situés en périphérie, correspondent soit à d’anciens supports et techniques de mémoire rejetés par le centre hégémonique, soit à de nouveaux supports et techniques potentiellement intégrables par le centre. Pour mieux se figurer cette dimension, imaginons un individu qui, durant son adolescence, a nourri régulièrement un journal intime. Pendant plusieurs années, ce médium de mémoire a tenu une place prépondérante dans la mémoire autobiographique de cet individu, jusqu’à ce qu’il ait finalement été rangé dans une boîte en carton et oublié. Le journal intime (l’objet technique et éventuellement son contenu), qui pendant un certain temps fut important dans la médiation active des souvenirs de l’individu, se trouve maintenant rejeté en périphérie, tout en demeurant potentiellement réintégrable par le centre. Le journal intime (un carnet relié rempli d’inscriptions autographes) constitue un objet technique, qui contraint plus ou moins son usager·ère à consigner en ses pages une production sémiotique mnésique de type graphique (écriture, dessin). L’objet, comme support, permet d’encoder de l’information. Cette information devient ainsi disponible à travers le temps, et, du fait de la portabilité du journal intime, à travers l’espace également. Il occupe enfin une fonction indiciaire, au sens où la simple vue du ce journal, au même titre que les signes qui y sont stockés, peuvent déclencher un rappel mnésique (des souvenirs).

Prenons un autre exemple : celui des moteurs de recherche sur le web, qui tiennent aujourd’hui un rôle non négligeable dans les pratiques mnésiques occidentales. Plusieurs études se sont penchées sur les conséquences de l’utilisation des moteurs de recherche comme Google sur le fonctionnement de la mémoire sémantique. Les psychologues Betsy Sparrow, Jenny Liu et Daniel M. Wegner41 montrent notamment que, sur les populations étudiées, les individus se souviennent moins en connaissant une information antérieurement apprise qu’en connaissant l’endroit où cette information peut être retrouvée. Voilà qui illustre comment la structure d’accès aux informations se transforme suivant les particularités d’une technique. Ces interrogations sur l’influence des techniques sur la mémoire individuelle, sur les souvenirs et l’oubli ne datent évidemment pas d’aujourd’hui. Socrate, dans les écrits de Platon, formulait déjà des critiques à propos de l’écriture ; idem pour les communautés qui ont vu naître le livre, et ainsi de suite.

Dans le cas de la Stasi et de la mémoire autobiographique des victimes, les médiums, selon leurs caractéristiques, agissent au niveau du contenu du récit, mais aussi de la forme que peut prendre le récit selon le langage du médium en question : en plus des informations présentes dans les documents de la Stasi, les archives prescrivent une manière de se souvenir du passé dans un langage bureaucratique, selon un format et des catégories administratives stricts.

Il ne faudrait toutefois pas enfermer le rapport à la Stasi dans un face-à-face avec les archives. Les œuvres fictionnelles traitant de l’époque, à l’exemple des films42 et des romans, mais aussi les essais et les témoignages, ont tous la capacité d’influencer la mémoire personnelle.

Comme l’a analysé Paul Ricœur, les formes individuelles de la mémoire fonctionnent par analogie avec celles de la mémoire collective (et inversement). De la même manière que la mémoire collective se façonne par le biais du récit et de l’intrigue, notamment historiographiques43, les formes individuelles, dans leur rapport identitaire, se constituent par le biais de la narration (ou des techniques de narration). Le récit autobiographique est ainsi déterminé par le jeu des trois dimensions (personnelle, interpersonnelle, intermédiale) : le récit de soi par soi est nécessairement influencé par les récits collectifs, il est aussi, dans une plus ou moins grande mesure, contraint par les formes narratives engendrées par les techniques et les médiums propres à une époque donnée.

Considérée dans la durée, la dimension intermédiale pose encore d’autres questions. Par exemple, quels sont les supports extracorporels de mémoire épisodique les plus privilégiés selon les époques? En dehors du corps, quels sont les objets matériels les plus sémiotisés dans le domaine des souvenirs autobiographiques? Le problème est de taille, car, pour un individu, tout objet constitue potentiellement un médium de mémoire selon la définition qu’en donne Astrid Erll. En effet, un objet peut occuper une ou plusieurs fonctions parmi les suivantes : une fonction 1) de stockage dans le temps (par ex., un tronc d’arbre gravé d’initiales) ; 2) de circulation dans l’espace (un papier griffonné au coin d’une table) ; ou 3) de simple déclencheur mnésique (un caillou laissé sur le chemin). Ainsi, l’intérêt peut être de déceler une forme de hiérarchie au niveau macro, un ordre de pratiques individuelles du souvenir matériel, qui trouve une dimension collective dans un groupe donné à une certaine époque. Par exemple, vers 300 av. J.‑C. à Alexandrie, les cruches-souvenirs rapportées par les Crétois, les Athéniens et les Chypriotes dans leur foyer constituaient le souvenir des rites royaux quasi divin de la dynastie des Ptolémées44. Ces cruches se retrouvaient dans les tombes des fidèles et tenaient un rôle de fétiche. Aussi, l’objet-souvenir prend-il des allures bien différentes selon que l’on se place avant ou après la « naissance de l’individualisme », que certains historiens et philosophes, à l’instar d’Alain Laurent, situent au XVIe siècle, avec la figure paradigmatique de Montaigne45. L’objet-souvenir prend des allures différentes également selon qu’on se positionne avant ou après la « naissance de l’intime », qu’Annick Pardailhé-Galabrun situe, dans le cas de la France, au milieu du XVIIIe siècle46. Si chaque époque produit ses objets-souvenirs, chacune d’elles est composée de groupes qui s’emparent eux-mêmes de matérialités propres à relayer la mémoire. Par conséquent, pour comprendre comment s’articule la dimension intermédiale de la mémoire individuelle, il est nécessaire de considérer à la fois un axe synchronique et un axe diachronique. Selon leurs environnements respectifs, les différents groupes s’emparent de certains médiums, et ceux qui ont le choix privilégient certains objets. Par exemple, on ne considèrera pas de la même manière les objets-souvenirs fabriqués par un poilu dans les tranchées, les photographies de vacances d’une famille issue d’un milieu populaire dans les années 1960 et les bijoux familiaux transmis dans les milieux nobles. On différenciera les classes d’appartenance de la localité spatiotemporelle. Certains groupes ont accès à certains types d’objets, d’autres pas. Ainsi, pris dans différents rapports (culturels, classes socio-économiques, etc.), les objets diffèrent et prennent une signification mémorielle particulière selon les logiques partagées par le ou les groupes sociaux afférents en un ou des contextes précis. On prendra également en compte les trois fonctions des médiums de mémoire proposées par Erll : stockage, circulation, déclencheur mnésique.

Du reste, la dimension intermédiale est en interaction constante avec les deux autres dimensions. Les relations entre les dimensions personnelle et interpersonnelle et la dimension intermédiale sont extrêmement enchevêtrées : elles se produisent mutuellement, et communiquent en permanence.

 

3. Remarques conclusives

Selon le modèle synthétique et heuristique présenté dans cet article, la mémoire individuelle émerge au creuset de trois dimensions en incessante interaction : une dimension personnelle, une dimension interpersonnelle et une dimension intermédiale. Les échanges ne sont aucunement linéaires, mais pris dans un mouvement interdimensionnel en perpétuel « bouillonnement ». Ce modèle peut certainement servir d’outil pour explorer et actualiser certaines relations entre les trois dimensions à long terme ; les relations intermédiales font d’ailleurs l’objet d’un engouement relativement récent dans les théories de la mémoire, toutes disciplines confondues. L’on peut penser, par exemple, aux travaux des chercheuses José van Dijck, Astrid Erll, Joanne Garde-Hansen et Johanne Villeneuve47.

La question des « déséquilibres » entre ces trois dimensions constitue un autre aspect fort intéressant à explorer. Pour créer le concept de sémiosphère, Lotman s’est inspiré de celui de « biosphère » conceptualisé par Vladimir Vernadsky. Filant la métaphore du vivant, il y aurait tout lieu d’interroger les possibles « hypertrophies » ou « déséquilibres » entre les trois dimensions de la mémoire individuelle. Lorsqu’une dimension prend l’ascendant sur les deux autres dimensions, la mémoire individuelle peut s’en trouver perturbée. Comme la mémoire collective, la mémoire individuelle peut effectivement faire l’objet de différents « abus ». Ricœur en a distingué quelques formes : il peut s’agir, par exemple, de mémoire empêchée par l’inconscient individuel – ou refoulement freudien – (dimension personnelle), ou encore de mémoire empêchée par les proches ou le collectif (dimension interpersonnelle). La mémoire peut en outre être manipulée par le récit de soi, celui des proches ou par les récits collectifs48. Pourrait-on en ce sens parler d’abus médial? Certaines techniques sophistiquées confèrent parfois à la dimension intermédiale une ascendance sur les deux autres dimensions (personnelle et interpersonnelle). On pense par exemple aux travaux en optogénétique actuellement développés à l’Université Columbia de New York. Grâce à une manipulation génomique qui rend des cellules nerveuses sensibles à la lumière, la technique optogénétique permettrait d’inhiber des souvenirs précis. Pour l’instant testée sur des souris dont le génome a été modifié, cette manipulation a permis de priver la souris de la mémoire des dangers présents dans son environnement. Par le biais d’un interrupteur, et grâce à des électrodes, le souvenir est littéralement activé ou désactivé49. D’après Steven Siegelbaum, directeur de la chaire en neuroscience de l’Université de Columbia, cette méthode « […] fournira un moyen précis de stimuler ou d’inhiber des régions locales du cerveau, offrant l’espoir d’une meilleure compréhension des maladies neurologiques et psychiatriques, aussi bien que, peut-être, de nouveaux traitements pour ces troubles50 ». En fonction du contexte dans lequel elle est utilisée, pourrait-on qualifier cette technique d’abus médial? En effet, si l’optogénétique suscite de l’espoir, elle peut également soulever des craintes à l’heure où le biohack et le transhumanisme comptent de plus en plus d’adeptes. Avec cette technique, le temps d’effacement de la mémoire individuelle – en un clic, si l’on peut dire – serait inédit, en même temps qu’il soulèverait des considérations éthiques majeures51.

En somme, le modèle présenté dans cet article ouvre des pistes de recherche, notamment sur la question des abus de mémoire, vis-à-vis desquels l’idée d’abus médial pourrait éventuellement faire son chemin, avec toutes les difficultés conceptuelles qui l’accompagnent.

 

  • 1. P. BOUISSAC, « Semiotics as the Science of Memory », Sign Systems Studies, vol. 35, no 1-2, 2007, p. 71-87.
  • 2. Idem.
  • 3. On pourrait rétorquer que, sur les traces de la psychologie de la forme, le Groupe m et, plus largement, la sémiotique cognitive se sont aussi intéressés à la mémoire. Ces travaux postulent des catégories dont je n’ai pas ici la nécessité. Le lecteur et la lectrice comprendront que je n’aborde pas la mémoire du point de vue des sciences cognitives, et cela bien que, plus loin dans ce texte, je reprenne trois notions à ce domaine : la mémoire épisodique, la mémoire sémantique et la mémoire procédurale.  Ces trois notions débordent du cadre restreint de la psychologique cognitive. La sémiotique lotmanienne, la sémiotique peircienne et les études intermédiales constituent le cadre théorique de cet article.
  • 4. Y. LOTMAN & B. USPENSKY, « On the Semiotic Mecanism of Culture », trad. du russe vers l’anglais par G. Mihaychuk, New Litterary History, vol. 9, no 2, 1978, p. 213, ma traduction.
  • 5. J. LOTMAN, « On the Semiosphere », trad. du russe vers l’anglais par W. Clark, Sign Systems Studies, vol. 33, no 1, 2005, p. 219, ma traduction.
  • 6. Cf. R. POSNER, « Basic Tasks of Cultural Semiotics », dans G. Withalm et J. Wallmannsberger (dir.), Signs of Power – Power of Signs, Vienne, INST, 2004, p. 56-89. Reproduction disponible en ligne : <http://faculty.georgetown.edu/irvinem/theory/Posner-basictasksofculturalsemiotics.pdf>.
  • 7. Bien que la définition du concept de « texte » soit sujette à débat, dans le champ de la sémiotique de la culture, le concept de « texte » est parfois tenu pour équivalent aux objets culturels. Pour Posner, un morceau de musique, une pièce de théâtre et un outil (un couteau par exemple) sont considérés comme des « textes ». Cf. Ibid., p. 13-15 du document en ligne.
  • 8. Ibid., p. 17 du document disponible en ligne.
  • 9. Ibid., p. 28 du document disponible en ligne.
  • 10. A. ERLL, Memory in Culture, trad. de l’allemand par S. B. Young, New York, Palgrave Macmillan, 2011, p. 103.
  • 11. Ibid., p. 102.
  • 12. J. GARDE-HANSEN, Media and Memory, Édimbourg, Edinburgh University Press, 2011, p. 28.
  • 13. J. van DIJCK, Mediated Memories in the Digital Age, Stanford, Stanford University Press, 2007.
  • 14. Propos d’Erich Mielke, ministre du MfS de 1957 à 1989, rapportés dans L. RONSENZWEIG & Y. Le FORESTIER, L’Empire des mouchards. Les dossiers de la Stasi, Paris, Éditions Jacques Bertoin, 1992, p. 97-98.
  • 15. Parmi les nombreux travaux publiés sur le sujet, le lecteur ou la lectrice pourra, par exemple, se référer à : S. COMBE, Une société sous surveillance : les intellectuels et la STASI, Paris, Albin Michel, 1999 ; R. GELLATELY, « Denunciations in Twentieth-Century Germany: Aspects of Self-Policing in the Third Reich and the German Democratic Republic », The Journal of Modern History, vol. 68, no. 4, 1996, p. 931-967.
  • 16. U. POPPE, « Que lisons-nous lorsque nous lisons un dossier personnel de la Stasi? L’expérience d’une ancienne oppositionnelle de RDA avec ses propres dossiers », trad. de l’allemand par A. Bensussan, Genèses, 2003, no 52, p. 119-132.
  • 17. Ibid., p. 126.
  • 18. Y. LOTMAN, La sémiosphère, trad. du russe par A. Ledenko, Limoges, Presses universitaires de Limoges, 1999.
  • 19. Ces trois catégories (mémoire épisodique, mémoire sémantique et mémoire procédurale), qui font l’objet d’un consensus dans la communauté savante, sont issues de la psychologie cognitive : elles ont été formalisées dans les typologies d’Endel Tulving et de Larry Squire. Cf. E. TULVING, « Episodic and semantic memory », dans E. Tulving & W. Donaldson (dir.), Organization of Memory, New York, Academic Press, 1972, p. 381-402 ; L. SQUIRE, « Memory systems of the brain: A brief history and current perspective », Neurobiology of Learning and Memory, vol. 82, no 3, 2004, p. 171-177.
  • 20. Sur l’importance de l’oubli voir notamment P. RICŒUR, La mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris, Seuil, 2000 ; T. TODOROV, Les abus de la mémoire, Paris, Arléa, 2004 ; M. AUGÉ, Les formes de l’oubli, Paris, Payot et Rivages, 1998. Lire également cette belle citation d’Herman Parret : « La mémoire est façonnée par l’oubli comme les rivages par la mer. Il faut reconnaître que l’oubli est nécessaire à l’individu comme à la société. Et si on fait l’éloge de l’oubli, ce n’est pas pour ignorer la mémoire mais pour repérer le travail de l’oubli dans la mémoire. Le travail de l’oubli est un travail de sélection : pour que la mémoire s’épanouisse, il faut que certains souvenirs soient éliminés. […] Oublier un souvenir n’est pas encore oublier un fait, un récit, une qualité sensible dans leur extériorité absolue et indépendante, mais bien plutôt un certain traitement, une certaine interprétation de ce fait, récit, qualité sensible. » H. PARRET, Sutures sémiotiques, Limoges, Lambert-Lucas, 2006, p. 98.
  • 21. Y. LOTMAN, La sémiosphère, op. cit., p. 30.
  • 22. Ibid., p. 35.
  • 23. U. POPPE, « Que lisons-nous lorsque nous lisons un dossier personnel de la Stasi? », loc. cit., p. 126.
  • 24. Y. LOTMAN, La sémiosphère, op. cit., p. 15.
  • 25. Ibid., p. 17.
  • 26. P. RICŒUR, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990, p. 142.
  • 27. Ibid., p. 168.
  • 28. Ibid., p. 167-168.
  • 29. Y. LOTMAN, La sémiosphère, op. cit., p. 85.
  • 30. P. RICŒUR, La mémoire, l’histoire, l’oubli, op. cit., p. 147.
  • 31. M. HALBWACHS, La mémoire collective, Paris, Albin Michel, 1997 [1950].
  • 32. P. RICŒUR, La mémoire, l’histoire, l’oubli, op. cit., p. 161.
  • 33. Cf. M. MAUSS, « Les techniques du corps », extrait du Journal de Psychologie, XXXII, no 3-4, 1936, communication présentée à la Société de psychologie le 17 mai 1934. Disponible en ligne : <http://classiques.uqac.ca/classiques/mauss_marcel/socio_et_anthropo/6_Techniques_corps/techniques_corps.pdf>.
  • 34. A. ERLL, Memory in Culture, op. cit., p. 126.
  • 35. M. MAUSS, « Les techniques du corps », loc. cit.
  • 36. Ibid., p. 11-13.
  • 37. Ibid., p. 10.
  • 38. Ibid., p. 9.
  • 39. R. BESSON, « Prolégomènes pour une définition de l’intermédialité à l’époque contemporaine », 2014, p. 21. En ligne, <https://hal-univ-tlse2.archives-ouvertes.fr/hal-01012325v2/document>.
  • 40. Centre national des ressources textuelles et linguistiques, « médium », CNTRL. En ligne : <http://www.cnrtl.fr/definition/médium>.
  • 41. B. SPARROW, J. LIU & D. M. WEGNER, « Google Effects on Memory: Cognitive Consequences of Having Information at Our Fingertips », Science, vol. 333, no 6043, 2011, p. 776-778.
  • 42. Voir par exemple le texte de Caroline Moine sur le film de Florian Henckel von Donnersmarck, La vie des autres, qui souleva de nombreux débats parmi les historiens de la RDA et les victimes de la Stasi : C. MOINE, « La Vie des autres (2006) : espion de la Stasi ou héros ordinaire? », Le Temps des médias, vol. 1, no 16, 2011, p. 118-133.
  • 43. Cf. P. VEYNE, Comment on écrit l’histoire, Paris, Seuil, 1971.
  • 44. J.-C. VIMONT, « Objets-souvenirs, objets d’histoire? », Sociétés & Représentations, vol. 2, no 30, 2010, p. 217.
  • 45. A. LAURENT, Histoire de l’individualisme, Paris, Presses universitaires de France, 1993.
  • 46. A. PARDAILHÉ-GALABRUN, La Naissance de l’intime. 3000 foyers parisiens, XVIIe-XVIIIe siècles, Paris, Presses universitaires de France, 1988.
  • 47. J. van DIJCK, Mediated Memories in the Digital Age, op. cit. ; A. ERLL, Memory in Culture, op. cit. ; J. GARDE-HANSEN, Media and Memory, op. cit. ; voir le projet de recherche de Johanne Villeneuve intitulé « L’intermédialité du témoignage et mémoire du XXe siècle », Université du Québec à Montréal, 2007-2014.
  • 48. P. RICŒUR, La mémoire, l’histoire, l’oubli, op. cit., p. 67-111.
  • 49. K. SAVOIE, « The Optogenetics Revolution », Columbia Medicine Magazine, 2014. En ligne : <http://www.columbiamedicinemagazine.org/features/spring-2014/optogenetics-revolution>.
  • 50. Idem, ma traduction.
  • 51. L’on doit à la science-fiction d’avoir imaginé quelques conséquences malheureuses conditionnelles à la mise au jour d’une telle technique cybernétique. Voir à ce sujet ma thèse de doctorat en sémiologie : E. CACCAMO, Imaginer les technologies de mémoire totale avec la science-fiction audiovisuelle (1990-2016). Étude sémiotique, intermédiale et technocritique des représentations de la mémoire personnelle, thèse de doctorat, Université du Québec à Montréal, 2017.
Bibliographie 

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BESSON, Rémy, « Prolégomènes pour une définition de l’intermédialité à l’époque contemporaine », 2014. En ligne : <https://hal-univ-tlse2.archives-ouvertes.fr/hal-01012325v2/document>.

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CACCAMO, Emmanuelle, « Imaginer les technologies de mémoire totale avec la science-fiction audiovisuelle (1990-2016). Étude sémiotique, intermédiale et technocritique des représentations de la mémoire personnelle », thèse de doctorat, Université du Québec à Montréal, 2017.

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Pour citer cet article 

CACCAMO, Emmanuelle, « La sémiosphère de la mémoire individuelle : un modèle sémiotique et intermédial », Cygne noir, no 5, 2017. En ligne : <http://www.revuecygnenoir.org/numero/article/caccamo-semiosphere-memoire-individuelle>(consulté le xx/xx/xxxx).

À propos de l'auteur·e 

Emmanuelle Caccamo est docteure en sémiologie.
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